Rugby : avec 34 défaites de rang et du micmac à la tête du club, le SU Agen est à la dérive

Malgré une relégation en Pro D2, la dernière victoire des Agenais remonte au 22 février 2020.

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Le SU Agen (en bleu) a concédé sa 34e défaite consécutive à Vannes (46-3), vendredi 15 octobre. (DAMIEN KILANI / DK PROD)

En retombant du Top 14 en Pro D2, le SU Agen pensait mettre fin à son calvaire. La saison dernière, le club agenais avait déjà réussi "l’exploit" de perdre la totalité de ses 26 rencontres dans l’élite. En deuxième division, l’histoire semble se répéter. Les "Bleu et Blanc" se sont inclinés lors de leurs sept premiers matchs. Vendredi 22 octobre, ils espèrent casser cette spirale infernale en recevant Aurrillac. Le mal est profond, les staffs valsent, et le sportif n'est pas le seul en souffrance. A la tête du club, une querelle a éclaté entre l’ancien président du SUA, Alain Tingaud, qui a proposé un projet de reprise du club, et son président actuel, Jean-François Fonteneau, qui veut rétablir lui-même une dynamique positive. 

À Agen, il faut avoir une bonne mémoire pour se souvenir de la dernière victoire du club. Elle remonte au 22 février 2020, avant la crise sanitaire, face au CA Brive (30-16). Depuis, le SUA n’y arrive plus. Le calvaire agenais a débuté dès la rencontre suivante, face à Clermont (15-32), pour le dernier match de la saison 2019-2020, interrompue en raison du Covid-19. La suite ? Une saison cauchemardesque en Top 14, avec 26 défaites en 26 rencontres, et seulement 2 points pris grâce au bonus défensif. 

La valse au sein du staff

Dès le mois de novembre 2020, après sept revers dans l'élite, la direction du club avait écarté le manager Christophe Laussucq et l’entraîneur des avants Rémi Vaquin. Un duo composé de Régis Sonnes et Sylvain Mirande les avait remplacés quelques semaines plus tard, sans plus de succès. Voyant l’histoire se répéter en Pro D2, le club avait fait appel, le 1er octobre, à Christophe Deylaud, ancien du club, arrivé comme consultant au sein du staff. Mais, il n’a pas fallu plus de deux semaines pour que ce dernier décide de quitter le SUA en raison de "divergences" avec Régis Sonnes, qui a, quant à lui, été suspendu. 

Lors de la dernière journée, face à Vannes, les "Bleu et Blanc" étaient donc menés par David Ortiz, l’entraîneur des avants, et Sylvain Mirande, qui a ensuite quitté le club par soutien avec Régis Sonnes. Face aux Bretons, qui avaient aussi perdu toutes leurs rencontres depuis le début de saison, les Agenais ont reçu une gifle (46-3). Une 34e défaite consécutive qui les enfonce encore un peu plus dans la crise. 

"Les joueurs sont très affectés, mais ce sont eux qui sont sur le terrain"

Joint par franceinfo: sport, Jean-François Fonteneau accuse le coup : "C’est compliqué, on est tous très tristes. Je suis triste pour les joueurs, mais également pour les supporters et nos partenaires. Cette situation est très lourde, usante. On sent bien que quelque chose ne fonctionne pas, mais en même temps ça repose parfois sur des faits de jeu. Les joueurs n'ont plus confiance et finalement, ils lâchent un peu le match".

Le président appelle son effectif à une remise en question : "Je sens qu'ils sont très affectés, mais ce sont eux qui sont sur le terrain. Ce sont des professionnels qui ne doivent pas lâcher. Je pense qu’il y a aussi un blocage psychologique et une perte de l'estime de soi". 

Outre les prestations des joueurs, Jean-François Fonteneau explique cette série noire par l’environnement du club : "Dans le secteur agenais, tout ça est très anxiogène, la relation avec le rugby est complètement schizophrène, on est dans l’irrationnel. Il y a une pression autour du club qui est très négative".

Selon lui, les sources du problème remontent au début de la saison 2019, où le club a perdu plusieurs joueurs formés au club, ce qui a fragilisé l’équipe : "Julien Hériteau est parti à Toulon, Antoine Miquel est parti à Toulouse, Denis Marchois est parti à Pau… Ces jeunes étaient une forme de colonne vertébrale, ils représentaient l’identité du club mais on ne pouvait pas les garder, c’était des choix de carrière".

Les recrutements pour pallier ses départs n’ont pas permis à Agen d’être plus performant en Top 14. Après plusieurs défaites, "une stratégie sportive a été mise en place pour sacrifier la saison 2020-2021 et mieux préparer la saison en Pro D2". Une stratégie loin de donner satisfaction pour le moment. 

Des relations dégradées entre le président et son prédécesseur

Président du club pendant onze ans, avant de passer la main à Jean-François Fonteneau, Alain Tingaud désespère de voir le SUA lanterne rouge de deuxième division : "C’est catastrophique. Comme des milliers de personnes, je suis extrêmement triste que ce club historique du rugby français soit dans cette situation".

Il appelle son successeur à la tête du club à admettre sa responsabilité : "Dans une entreprise, quand les performances ne sont plus là, on peut toujours critiquer ses collaborateurs. Mais quand ça dure, que c’est long et qu’il y a une perte de confiance totale, il faut comprendre que celui qui a organisé le club en est responsable. J’avais Jean-François Fonteneau avec moi pendant plusieurs années à la vice-présidence du club, et je n’ai pas perçu son incapacité à être un manager". 

Décrié par les supporters, Jean-François Fonteneau accepte sa part de responsabilité : "Quand on gère un club de sport, il faut avoir le cuir tanné. Parce que quand un club gagne, c’est grâce aux joueurs, mais quand il perd c’est la faute des joueurs, quand il perd un peu plus c’est la faute du manager, et quand il perd encore plus c’est la faute des dirigeants. Mais quand on est président et propriétaire d'un club, et donc d’une société, on ne démissionne pas et on ne laisse pas le navire couler". 

Alain Tingaud a tout de même proposé une rencontre à son successeur et au maire d’Agen, sans recevoir de réponse positive : "Je voulais faire des propositions concrètes sur l’organisation, la structuration du club, avec un projet pour le sauver. Mais c’est une fin de non-recevoir et tant pis, je reste en dehors maintenant". Même si Alain Tingaud assure ne faire aucun procès d’intention à Jean-François Fonteneau et souhaite simplement sortir le club de l’ornière dans laquelle il est, l’actuel président perçoit ces déclarations comme un moyen de pression : "Ce comportement n’est pas celui de quelqu’un qui veut aider, c’est un règlement de comptes. Quand on commence à tirer à boulets rouges dans la presse, je ne pense pas que ce soit une solution. Quand on veut agir pour le club, on prend son téléphone, on m’appelle et on me demande comment rendre service".

Le successeur de Régis Sonnes au poste de manager n’a pas encore été annoncé et c’est dans ce contexte que les Agenais recevront Aurillac, vendredi 22 octobre à 19h30, en espérant mettre fin à plus de 600 jours sans victoire. 

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