Serie A : le racisme, un problème endémique que le football italien peine à contrôler

Trois joueurs de Naples, Victor Osimhen, Kalidou Koulibaly et André Zambo Anguissa, ont été visés par des cris racistes à Florence lors de la rencontre entre la Fiorentina et Naples dimanche.

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Face à la Fiorentina, Victor Osimhen et plusieurs de ses coéquipiers de Naples ont été victimes d'insultes racistes. (ANTONIO BALASCO / CONTROLUCE VIA AFP)

"Une honte à répétition. Si cela se produit à Florence, le berceau de la culture italienne, cela signifie qu'il y a très peu d'espoir de changer la tête des gens qui sont vraiment petits", se désole le quotidien sportif italien la Gazzetta dello Sport, lundi 4 octobre. Dimanche, trois joueurs noirs de Naples ont encore été victimes d’insultes racistes lors de leur rencontre face à la Fiorentina. Quelques semaines plus tôt, les Français de l’AC Milan, Tiémoué Bakayoko et Mike Maignan avaient eux aussi été visés par ce genre d’injures, très fréquentes dans les stades italiens et assez peu réprimées.

En 2019 déjà, les insultes racistes proférées envers plusieurs joueurs, dont Blaise Matuidi et Mario Balottelli, avaient entaché l’image du football transalpin. La Fédération italienne de football (FIGC) avait alors décidé d’une nouvelle règle : au premier signalement de cris racistes, les joueurs doivent se rassembler au centre du terrain pendant que le speaker avertit et raisonne les supporters, puis au deuxième signalement, le match est suspendu et les joueurs rentrent aux vestiaires.

Selon le nombre de supporters impliqués et la gravité des chants, les clubs risquent également un match à huis clos en cas de récidive. Mais les "supporters" racistes ont trouvé la parade : ils agissent avant le match, comme envers Mike Maignan durant l’échauffement, ou après la rencontre, comme lors de Fiorentina-Naples.

"Parlez à vos enfants, parlez à vos parents"

Si les clubs italiens tentent régulièrement de raisonner leurs supporters avec des campagnes anti-racisme, les joueurs prennent également de plus en plus la parole pour dénoncer les insultes dont ils sont victimes. Après avoir été la cible d’injures à l’Allianz Stadium face à la Juventus, Mike Maignan s’était exprimé sur Instagram : "Tant qu’on traitera ces évènements comme des incidents isolés et que l’on n’aura pas une action globale, l’histoire est amenée à se répéter, encore et encore et encore".

Le gardien français s’interrogeait : "Qu’est-ce qu’on fait pour combattre le racisme dans les stades de football ? Est-ce qu’on croit vraiment que c’est efficace ? […] Dans les instances, les personnes qui décident savent-elles ce que ça fait d’entendre des insultes et des cris nous reléguer au rang d’animal ?". 

Après la rencontre du Napoli face à la Fiorentina dimanche, Kalidou Koulibaly et Victor Osimhen ont également pris la parole. "'Putain de singe', c’est comme ça qu’on m’appelait. Ces personnes n’ont rien à voir avec le sport. Elles doivent être identifiés et tenus à l’écart des stades : pour toujours", a demandé l’international sénégalais. "Parlez à vos enfants, à vos parents, faites leur comprendre à quel point c’est odieux d’haïr quelqu’un à cause de sa couleur de peau", a réclamé l’ancien Lillois.

Pour Paolo Tomaselli, journaliste italien au Corriere Della Sera, le racisme découle d’un problème d’éducation: "L’Italie est un pays d’immigration récent et il reste beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à faire en faveur de l’intégration et de politiques anti-racisme".

Pas la même intransigeance selon les clubs

La saison dernière et ses matchs à huis-clos n’ont pas fait disparaître les insultes racistes des stades italiens : "Peut-être qu’après la pandémie, certains clubs se sont focalisés sur les problèmes sanitaires et économiques, en oubliant le problème du racisme dans les stades", tente d’expliquer Paolo Tomaselli. Selon lui, certaines équipes à la réputation sulfureuse, comme le Hellas Verone, la Lazio ou Cagliari, ont tout de même fait "beaucoup d’efforts" ces dernières années pour faire évoluer les choses. 

Dernièrement, la Juventus a apporté son aide pour identifier rapidement l’auteur des insultes envers Mike Maignan, qui doit être poursuivi pour "incitation à la haine raciale". Il encourt une amende et une interdiction de stade. Concernant les injures proférées envers les joueurs napolitains dimanche, le parquet de la fédération a annoncé l'ouverture d'une enquête.

La Fiorentina s'est quant à elle excusée auprès des joueurs napolitains insultés et a dénoncé "des chants honteux et intolérables". Dans un communiqué, le club florentin affirme avoir déjà mis "à la disposition de la police toutes les images vidéo et tous les outils en sa possession afin que les coupables de ces chants inqualifiables soient identifiés […] Il appartiendra ensuite à la Fiorentina elle-même de leur interdire l’accès au stade".

Le club de Florence regrette par contre que l’Atalanta n’ait pas pris les mêmes mesures lorsque son joueur, Duncan, avait été la cible de cris racistes sur la pelouse de Bergame. "Il y a différentes sensibilités selon les clubs et certains se battent plus que d'autres contre le racisme", conclut Paolo Tomaselli.

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