Espace : ce que l'on sait du nuage de débris qui a contraint les astronautes de la Station spatiale internationale à se réfugier dans leurs vaisseaux

Les Etats-Unis accusent la Russie d'être à l'origine d'un tir de missile antisatellite, lundi, qui a généré "plus de 1 500 débris orbitaux traçables". L'incident a obligé les astronautes à bord de l'ISS à envisager une évacuation d'urgence.

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Une vue rapprochée de la Station spatiale internationale (ISS), le 7 mars 2011. (NASA / AFP)

"Dangereux et irresponsable." L'armée américaine a fait état, lundi 15 novembre, d'un "événement ayant généré des débris" dans l'espace. Washington accuse la Russie d'être à l'origine d'un tir de missile antisatellite, menaçant la sécurité des astronautes à bord de la Station spatiale internationale (ISS). L'incident a déjà provoqué "plus de 1 500 débris orbitaux traçables", selon le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, "et va probablement générer des centaines de milliers de morceaux plus petits de débris orbitaux"Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de cet incident qui relance les craintes de voir l'espace se transformer en un champ de bataille entre les grandes puissances.

Le protocole d'urgence déclenché dans l'ISS

Le passage des débris a contraint les sept astronautes actuellement à bord de la Station spatiale internationale à se préparer à une éventuelle évacuation d'urgence. Lors des deuxième et troisième passages de débris, lundi, entre 8 heures et 10 heures du matin (heure française), les astronautes se sont réfugiés dans leurs vaisseaux, amarrés à la station, a expliqué la Nasa dans un communiqué (en anglais).

Selon le média spécialisé Spaceflight Now (en anglais), les astronautes de la Nasa, Raja Chari, Kayla Barron et Tom Marshburn, ainsi que celui de l'Agence spatiale européenne (ESA), Matthias Maurer, se sont réfugiés à bord du vaisseau Dragon de SpaceX. Ces quatre astronautes sont ceux de la mission Crew-3, arrivés jeudi à bord de l'ISS. L'astronaute américain Mark Vande Hei et les deux cosmonautes russes Anton Shkaplerov et Pyotr Dubrov, se sont, eux, rendus dans le vaisseau Soyouz.

De nombreuses écoutilles ont également été fermées entre différents modules, par mesure de précaution. "Les amis, tout est en ordre chez nous. On continue le travail selon notre programme", a finalement rassuré (en russe) Anton Shkaplerov, lundi après-midi.

Les Etats-Unis accusent la Russie 

Washington a vite pointé la responsabilité de Moscou dans cet événement. "La Russie a conduit de façon irresponsable un test destructeur de missile antisatellite à ascension directe à l'encontre de l'un de ses propres satellites", a déclaré lundi le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken. "Les débris créés par ce test dangereux et irresponsable menaceront désormais les satellites et autres objets spatiaux vitaux pour la sécurité, l'économie et les intérêts scientifiques d'autres nations pour les décennies à venir", a-t-il accusé.

Le Pentagone a affirmé travailler "activement pour caractériser le champ de débris"Il s'agit notamment d'identifier la trajectoire de chacun des objets, afin d'identifier les menaces de collision potentielles. "Nous regardons de près le type de moyens que la Russie semble vouloir développer", a ajouté John Kirby, le porte-parole du Pentagone.

De son côté, le patron de la Nasa s'est dit "scandalisé par cette action irresponsable et déstabilisatrice". "Il est impensable que la Russie mette en danger non seulement les astronautes américains et des partenaires internationaux dans l'ISS, mais aussi ses propres cosmonautes", a déclaré Bill Nelson.

Moscou admet avoir détruit un satellite

L'armée russe a reconnu avoir mené "avec succès un test à l'issue duquel l'engin spatial Tselina-D, en orbite depuis 1982 et inactif, a été détruit", mais Moscou a jugé infondées et "hypocrites" les accusations américaines. "Déclarer que la Fédération de Russie crée des risques pour l'exploitation à des fins civiles de l'espace est pour le moins hypocrite. Il n'y a aucun fait en ce sens", a lancé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Un peu plus tôt, l'agence spatiale russe, Roscosmos, a assuré que "la sécurité de l'équipage" de l'ISS était sa "priorité principale""Seuls des efforts communs de toutes les puissances spatiales pourront assurer une coexistence aussi sûre que possible et les opérations dans le domaine spatiale", a ajouté Roscosmos dans un communiqué (en russe).

L'agence spatiale avait déclaré la veille que les astronautes à bord de l'ISS étaient hors de danger. "L'orbite de l'objet, qui a forcé l'équipage aujourd'hui à se rendre dans le vaisseau selon les procédures standard, s'est éloigné de l'orbite de l'ISS", a tweeté Roscosmos.

Un tir critiqué pour sa dangerosité

Si la Russie rejette les accusations américaines de mise en danger de l'ISS, reste que la destruction de satellites est très critiquée en raison des nombreux débris générés. Ils peuvent ainsi heurter les milliers d'autres satellites en orbite, sur lesquels les pays comptent pour de très nombreuses activités, par exemple de communication ou de localisation.

Ces incidents sont toutefois peu fréquents. Seuls les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et la Russie ont déjà effectué des tirs antisatellites. "Des événements de débris causés par des tests antisatellites n'arrivent pas souvent, le dernier était un test indien" en mars 2019, a rappelé l'astrophysicien Jonathan McDowell, interrogé par l'AFP. De nombreux experts réclament une plus grande régulation face à ces risques.

Même si les projectiles issus de tirs antisatellites sont rares, l'ISS doit régulièrement ajuster son orbite pour esquiver divers débris spatiaux issus de la pollution croissante des environs de la Terre. Au cours de l'année 2020, la Station spatiale internationale a dû manœuvrer à trois reprises pour éviter une possible collision avec un débris.

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