Martinique : ce que l'on sait de la grève générale qui débute ce lundi

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Une installation provisoire pour accueillir des malades du Covid-19 au CHU de Fort-de-France (Martinique), le 29 août 2021. (ALAIN JOCARD / AFP)

Malgré une tentative de médiation avec le gouvernement au début du mois de novembre, dix-sept syndicats appellent à la grève dans l'île depuis ce matin. Ils refusent notamment l'obligation vaccinale des soignants.

La tension monte dans les Caraïbes. Après la Guadeloupe, où des renforts ont débarqué de l'Hexagone dimanche afin de démanteler les barrages bloquants et de mettre fin aux émeutes, une grève illimitée débute en Martinique, lundi 22 novembre. En tête des revendications : la fin du pass sanitaire et de l'obligation vaccinale pour les membres du personnel de santé, dans un département où 39,4% de la population a un schéma vaccinal complet, selon les derniers chiffres de l'Agence régionale de santé (ARS), publiés le 16 novembre. Malgré une première médiation avec le gouvernement au début du mois, les syndicats ont déposé un préavis de grève le 15 novembre pour le lundi suivant. Franceinfo fait le point sur la situation. 

Contre le pass sanitaire et contre l'obligation vaccinale des soignants

L'intersyndicale, signataire du préavis de grève déposé le 15 novembre, est composée de vingt organisations tous secteurs confondus tels que la santé, l'éducation, les transporteurs, les marins-pêcheurs ou encore les arts.

Une des premières revendications de l'intersyndicale est de supprimer l'obligation vaccinale pour les personnes travaillant dans les établissements médico-sociaux (hôpitaux, Ehpad, etc), une obligation qui devait être appliquée à partir du 14 novembre. Elle demande également à ce que les soignants non vaccinés ne soient pas sanctionnés, refusant les mesures prises par le gouvernement (suspension du contrat de travail du soignant et suspension du versement de son salaire) sur tout le territoire national. L'intersyndicale souhaite également la suppression du pass sanitaire en Martinique, comme le rappelle le quotidien France-Antilles

Dans les revendications figurent aussi le renforcement du recrutement et du matériel dans les établissements de santé et l’alignement du statut des membres du personnel "santé" de l’Education nationale sur leurs collègues de l’Education. Il est également exigé l'arrêt de la "transformation des établissements scolaires en vaccinodromes" et la fin de "la propagande pour la vaccination dans les établissements scolaires".

Contre la vie chère

Dans la liste des treize revendications portée par les syndicats figure également une demande au gouvernement de trouver des solutions face à l'augmentation des prix du carburant et du gaz. Ils réclament aussi une hausse des salaires, des minima sociaux ainsi que l'arrêt du développement des emplois précaires. Le syndicat Convergence infirmière précise aussi, dans un communiqué daté du 12 novembre, que "les honoraires [des infirmières et des infirmiers libéraux] sont bloqués depuis douze ans et que [leurs] charges ne cessent de croître." Les syndicats souhaitent également l'ouverture d'une discussion pour les chauffeurs de taxi et les artistes touchés par la crise économique.

Lors du vote du budget 2022 de l'outre-mer, le ministre, Sébastien Lecornu, a clairement reconnu que le dynamisme économique des Antilles est gêné par certains monopoles et certaines pratiques commerciales dépassées, ce qui contribue à la cherté de la vie. 

Pour la gratuité des tests sanguins de dépistage du taux de chlordécone

Les desiderata portent également sur la prise en charge totale des tests de chlordéconémie, qui mesurent la concentration de chlordécone dans le sang. Le chlordécone est un pesticide qui a été largement utilisé dans les bananeraies entre 1972 et 1993. Il est suspecté d'être responsable de nombreuses maladies comme le cancer de la prostate. Un test coûte 140 euros, selon Dominique Théophile, sénateur LREM de Guadeloupe.

En décembre 2020, l'ARS a mis en place un dépistage gratuit du taux de chlordécone dans le sang. En mars, l'agence précisait que ces tests seraient, dans un premier temps, destinés aux familles ayant participé au programme "jardins familiaux" puis aux couples désirant avoir un enfant, ainsi qu'aux femmes enceintes et leur futur enfant. Dans la dernière phase, les dépistages doivent être ouverts à toutes les familles martiniquaises. 

Sur place, des blocages et des perturbations à prévoir  

L'intersyndicale a donné rendez-vous aux manifestants devant la maison des syndicats, à Fort-de-France, lundi matin à 8 heures (soit  à 13 heures dans l'Hexagone). Mais elle reste très floue sur les actions qui pourraient être menées. "Il n'y a pas d’opération molokoï [opération de ralentissement] prévue, affirme Bertrand Cambusy, le secrétaire général de la CSTM et membre de l'intersyndicale, interrogé par la 1re Martinique. "Il y aura des actions fortes, mais qui ne devront pas trop pénaliser la population", estime-t-il.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs messages évoquent des blocages sur les routes, comme en Guadeloupe. C'est pourquoi une partie de la population s'est ruée dès vendredi dans les hypermarchés et les stations-service, afin de s'approvisionner. Samedi matin, les automobilistes faisaient la queue aux abords des pompes à essence, mais la situation s'est fluidifiée au fil du week-end. Des perturbations sont également à prévoir dans les écoles, les crèches et les services municipaux, alertent les maires du Lorrain, de Ducos, du Lamentin et à Fort-de-France, la plus grande ville de Martinique.

D'autres corporations ont d'ores et déjà annoncé qu'elles suivraient également le mouvement, comme à la Sara (Société anonyme de la raffinerie des Antilles), ou au centre pénitentiaire de Ducos, où quelques agents pourraient entrer en grève.

Les premières réponses du gouvernement ne satisfont pas les syndicats

Ce regroupement de syndicats a rencontré le gouvernement par l'entremise de la médiatrice nationale Danièle Toupillier, le 3 novembre, sans avoir pu trouver un accord.

Cependant, le ministre de la Santé, Olivier Véran, et celui des Outre-mer, Sébastien Lecornu, ont retenu "deux dispositions" afin de "tenir compte de la situation sanitaire [de la Martinique] : la gratuité générale des tests sera maintenue jusqu'au 31 décembre 2021 ; l'obligation vaccinale (schéma vaccinal complet) sera exigée pour les personnels de soins à la même échéance du 31 décembre 2021", précise le gouvernement dans un communiqué. Cette date correspond à la fin de l'état d'urgence sanitaire dans ce territoire (à la fois département et région) d'outre-mer.

Pour l'instant, aucune réunion avec le gouvernement n'est prévue pour la Martinique. Contrairement à la Guadeloupe, pour laquelle des négociations doivent s'ouvrir lundi soir entre le Premier ministre, Jean Castex, accompagné du ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, et du ministre de la Santé, Olivier Véran, avec des élus de l'île afin de leur permettre "d'exposer leur analyse de la situation sur place".

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