Covid-19 : après le molnupiravir, quels sont les autres traitements qui pourraient être bientôt disponibles ?

Outre le molnupiravir, antiviral élaboré par le laboratoire Merck, cinq traitements sont en cours d'élaboration.

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Deux gélules de molnupiravir, traitement contre le Covid-19 élaboré par le laboratoire Merck, le 5 novembre 2021 à Londres (Royaume-Uni). (EYEPRESS NEWS / AFP)

Après le laboratoire Merck et son traitement par comprimé contre le Covid-19, le molnupiravir, autorisé au Royaume-Uni jeudi 4 novembre, l'Américain Pfizer a annoncé à son tour, vendredi 5 novembre, des résultats très positifs pour sa pilule contre le Sars-Cov-2, le paxlovid. Mais les deux groupes américains ne sont pas les seuls à chercher des médicaments efficaces contre le virus. Franceinfo fait le point sur les traitements en cours d'élaboration.

>>> Traitement contre le Covid-19 : quatre choses à savoir sur le molnupiravir, dont la France a commandé 50 000 doses

Le paxlovid, un traitement oral élaboré par le laboratoire américain Pfizer

Ce médicament, comme le molnupiravir, fait partie des traitements antiviraux. C'est-à-dire qu'il agit en diminuant la capacité d'un virus à se répliquer, freinant ainsi le développement de la maladie. Ce remède présente l'avantage non négligeable d'être facile d'usage, car il peut être pris chez soi, par voie orale, contrairement à d'autres traitements administrés par perfusion intraveineuse, comme les bithérapies d'anticorps monoclonaux, qui nécessitent une logistique assez lourde : du personnel soignant, durant une heure à l'hôpital, puis une heure de suivi de soins, comme le rapportait Le Monde (article pour abonnés) en juin. Autre point négatif : leur coût. Ces traitements coûtent "entre 1 000 et 2 000 euros la dose", précisait le quotidien.

Les résultats des premiers tests sont très encourageants. Le paxlovid s'est révélé efficace à 89% chez les adultes présentant un risque élevé de développer une forme grave de la maladie pour prévenir le risque d'hospitalisation ou de décès, selon les résultats intermédiaires d'essais cliniques publiés vendredi. A titre de comparaison, le molnupiravir diminue par deux le risque d'hospitalisation.

Le laboratoire Pfizer a annoncé vendredi avoir l'intention de fournir ces résultats "dès que possible" à l'Agence américaine des médicaments (FDA) en vue d'une demande d'autorisation. Le patron de Pfizer, Albert Bourla, a ensuite déclaré le même jour sur CNN espérer que le dépôt puisse avoir lieu "avant Thanksgiving", soit le 25 novembre. Ces résultats prometteurs ont poussé le président américain à "d'ores et déjà" réserver "des millions de doses", a-t-il déclaré vendredi lors d'une allocution.

La fluvoxamine, un antidépresseur par voie orale

La fluvoxamine présente deux avantages. Déjà tombé dans le domaine public et présent sur le marché en tant qu'antidépresseur et comme remède contre les troubles obsessionnels compulsifs, il peut être pris par voie orale et à coût réduit (moins de 4 euros par boîte de 15 comprimés). Selon une étude publiée jeudi 28 octobre dans le Lancet Global Health (lien en anglais) – une publication liée à la revue de référence Lancet mais distincte de celle-ci – menée par des chercheurs au Brésil, cet antidépresseur est en mesure de réduire les hospitalisations chez les patients atteints de Covid-19 et présentant des risques de formes graves.

Que dit l'étude ? Les chercheurs ont mesuré combien de malades du Covid-19 ont finalement été hospitalisés après 28 jours ou ont dû, à une occasion, rester plus de six heures dans un service d'urgence. En fin de compte, les malades traités sous fluvoxamine ont été moins nombreux que ceux sous placebo – 11% contre 16% – à se retrouver dans l'une de ces deux situations. 

Toutefois, ces résultats sont à nuancer. "Cette étude laisse clairement penser que la fluvoxamine constitue une option efficace, sûre, peu coûteuse et plutôt bien tolérée pour traiter les malades du Covid-19 non hospitalisés", juge le chercheur Otavio Berwanger, non associé à l'essai, dans un commentaire également publié par la revue. Mais il pointe les limites de l'étude. Selon lui, celle-ci ne permet pas de conclure sur l'effet du médicament pour réduire les décès et, même en matière d'hospitalisations, ses conclusions sont affaiblies par le fait d'avoir mélangé deux critères (l'hospitalisation après 28 jours et le fait de rester plus de six heures dans un service d'urgence). "Il y a un signal faible et intéressant en faveur de cette molécule (la fluvoxamine), mais on est très loin du médicament miracle. Tout l'enjeu est de transformer l'essai et de voir si elle a réellement une incidence sur les formes graves", résume Frédéric Adnet, chef des urgences au CHU Avicenne à Bobigny, et chercheur à l'Inserm, dans Le Parisien.

L'AZD7442 d'AstraZeneca, par injection intramusculaire

L'AZD7442 est un médicament élaboré à partir d'une combinaison d'anticorps monoclonaux à longue durée d'action. Ces anticorps de synthèse sont dirigés contre la protéine spike du virus et ont été sélectionnés pour leur capacité à le neutraliser grâce à une action synergique, détaillait l'Inserm dans un communiqué du 21 avril. Contrairement aux traitements mentionnés précédemment, celui élaboré par AstraZeneca ne s'administre pas par voie orale mais par injection intramusculaire.

Le traitement est à la fois efficace contre la maladie, mais également en prévention de celle-ci chez les personnes fragiles, a annoncé le laboratoire au début du mois d'octobre. Dans la foulée, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a précisé, jeudi 14 octobre, avoir commencé à évaluer ce traitement, ouvrant la voie à une éventuelle autorisation pour l'utilisation du médicament dans l'Union européenne.

Côté résultats, les patients non hospitalisés et faisant l'objet de symptômes de la maladie depuis sept jours ou moins, ont vu réduit de 50% le risque de contracter une forme grave du Covid-19 ou de décéder, expliquait AstraZeneca dans un communiqué début octobre, et ce taux monte à 67% dans le cas d'un traitement administré dans les cinq jours suivant les premiers symptômes.

Le Ronapreve, injecté en intraveineuse, du laboratoire suisse Roche

Conçu par la société de biotechnologies Regeneron et commercialisé par le laboratoire suisse Roche sous le nom de Ronapreve, ce traitement combine deux anticorps dits monoclonaux, le casirivimab et l'imdevimab. Ce traitement doit être injecté en intraveineuse. Comme l'AZD7442 d'AstraZeneca, le Ronapreve est destiné au traitement et à la prévention du Covid-19.

Ce médicament a déjà été autorisé en France au début du mois d'août, pour une durée de cinq mois. Côté européen, Roche a déposé le 11 octobre auprès de l'EMA une demande pour une mise sur le marché dans l'Union européenne. L'EMA "pourrait émettre un avis dans les deux mois", a alors précisé l'agence. Quant à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), elle a récemment officiellement recommandé ce traitement contre le Covid-19, mais seulement dans certains cas bien précis.

Il faut noter que ce traitement s'annonce onéreux. Ces derniers mois, des ONG ont dénoncé le prix élevé du Ronapreve, qu'elles évaluaient à environ 2 000 dollars (1 700 euros) la dose, relevait l'AFP le 11 octobre.

Le XAV-19, de la société française Xenothera, "efficace contre les variants"

Elaboré par la biotech nantaise Xenothera, le traitement XAV-19 est destiné aux patients atteints de Covid modéré, pour éviter l'aggravation de la maladie et un transfert en réanimation. "Quand on reçoit du XAV-19, on est protégé durant plus de dix jours, il diffuse dans les poumons et empêche en particulier toute la pneumonie. C'est démontré, ce sont des résultats récents. Ce qui montre l'intérêt du produit pour des patients qui ont une pneumonie légère, de façon à leur éviter toute aggravation, et tout risque de passage en réanimation", précisait Odile Duvaux, la présidente de Xenothera, sur France 3 Pays-de-la-LoireLe XAV-19 est un anticorps polyclonal de synthèse développé par la biotech sur la base de sa technologie d'anticorps glyco-humanisés, c'est-à-dire des anticorps d'origine porcine, qui ont été modifiés.

C'est grâce à cette technologie que le XAV-19 présente des résultats "très intéressants", y compris concernant les variants. "Du fait de son caractère polyclonal, il est tout à fait efficace contre les variants. Il est même étonnamment encore plus efficace sur le variant Delta que sur les variants qui ont circulé précédemment." Les résultats de l'efficacité sur les patients sont "en cours d'analyse", précise Odile Duvaux. "Nous n'avons pour l'instant que des résultats préliminaires pour en parler".

Odile Duvaux avait annoncé en septembre sur franceinfo que le XAV-19 pourrait être à disposition des patients en France "à la fin 2021". Le 11 mai, la société annonçait avoir signé un contrat de précommande avec le gouvernement français de 30 000 doses, dont le montant s'élèverait à 5 millions d'euros, rapportait le quotidien régional Le Télégramme. Mais pour l'heure, on ne sait pas quand cela sera possible. La société "ne maîtrise pas" le calendrier exact de mise à disposition, expliquait encore la présidente de Xenothera à franceinfo. "Nous sommes dans la phase réglementaire pour obtenir une autorisation d'accès précoce par les autorisations françaises", ajoutait-elle.

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