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Malaise des urgentistes : Patrick Pelloux ne voit "aucun dialogue constructif pour résoudre le problème"

Avant la réunion de l’association des médecins urgentistes de France (Amuf) pour interpeller la ministre de la Santé, son président, Patrick Pelloux a estimé samedi sur franceinfo  que "le manque de considération sert un système qui veut fermer un maximum d'hôpitaux et fermer un maximum de lits".

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Radio France
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L'urgentiste Patrick Pelloux, à Paris le 9 janvier 2017. (AFP)

L'association des médecins urgentistes de France (Amuf) se réunit samedi 17 février pour interpeller la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, afin de dénoncer un "management destructeur" dans les hôpitaux. Avant cette réunion, le président de l'Amuf et urgentiste au Samu, Patrick Pelloux, a dénoncé sur franceinfo, l'absence de "dialogue constructif pour résoudre les problèmes" dans le secteur. 

franceinfo : Sur quels critères porte ce malaise dont vous vous faites l'écho ?

Patrick Pelloux : Ce n'est pas le travail que nous montrons du doigt, ce sont les conditions de travail. Cela fait des années que vous nous entendez dire à peu près la même chose, et ça continue à se dégrader. Et là, on ne voit aucun sens politique, aucun renouveau, aucun dialogue constructif pour résoudre les problèmes, ce qui fait que les problèmes continuent à s'accumuler. Vous avez le problème de trouver les lits en aval pour hospitaliser les patients, parce qu'on a fermé beaucoup trop de lits d'hospitalisation en France. Vous avez une désorganisation profonde de tout le système et un manque de coopération entre le système de la ville et le système de l'hôpital.

Donc, un manque de moyens et, également, un manque de considération…

Oui, les deux, bien sûr. Mais le manque de considération sert un système qui veut fermer un maximum d'hôpitaux et fermer un maximum de lits. C'est-à-dire que, en fait, comme tous les secteurs en France, on a eu des restrictions budgétaires supplémentaires qui sont arrivées. On ne voit pas du tout où on va faire des économies supplémentaires. Ce qui fait que vous avez un nombre considérable de collègues qui ont une sensation d'épuisement au travail, parce que les conditions de travail se dégradent. Il n'y a pas seulement les urgentistes, il y aussi les autres médecins des autres spécialités, l'ensemble du personnel. Les patients ne sont pas agressifs. IIs viennent parce qu'ils ont une demande. C'est l'intérêt général et le service public. On doit répondre à cette demande, à toutes les demandes de soin, en fonction de l'état actuel des connaissances. Mais on subit l'agressivité des gens, parce qu'ils ne comprennent pas que, en 2018, on doive attendre huit heures dans un service des urgences.

Il y a eu plusieurs grèves, à Auch, à Lyon, dans le Var. Est-ce qu'il y a des disparités ou s'agit-il d'un sentiment général ?

L'exemple d'Auch est très intéressant : voilà un discours des politiques qui est, sans arrêt, de dire "aménagement des territoires", "privilégier la proximité", et, concrètement, à Auch, on laisse le service public se dégrader et on le regarde se dégrader de plus en plus. C'est une espèce de spirale sociale infernale. Dès que les conditions de travail deviennent compliquées, vous avez des personnels qui s'en vont, plus vous avez de médecins qui s'en vont, plus ceux qui restent doivent travailler beaucoup plus, et veulent s'en aller. Le dénominateur commun, c'est que les plans d'économie sont totalement délirants. Il y a ensuite une succession de lois qui se contredisent : tantôt on nous dit qu'il faut faire de l'activité, de la production de soins exclusive, tantôt on nous dit qu'il faut faire de la qualité des soins, on ne sait plus ce qu'il faut faire exactement. Nous, ce qui est sûr, c'est qu'on est médecin, on veut remplir notre mission correctement et bien faire notre travail (…). Les urgences sont un maillon de la chaîne de la santé. A chaque fois que vous abîmez l'un des maillons, vous abîmez toute la chaîne.

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