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Expérimentation du cannabis thérapeutique : "Nous voulons des actes. Les patients sont à bout de souffle", réclame un élu de la Creuse

Dans une tribune publiée mercredi 9 septembre Éric Corréia, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine et président de la communauté d'agglomération du Grand Guéret, demande à mettre en place le plus rapidement possible l'expérimentation du cannabis à usage médical.

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Radio France
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Une culture de Chanvre dans le Cher. (PIERRICK DELOBELLE / MAXPPP)

L'expérimentation du cannabis thérapeutique, qui devait commencer au mois de septembre, a été repoussée à janvier à cause de l'épidémie de coronavirus. Mais le décret d'application n'a toujours pas paru. D'où une certaine impatience de tous ceux qui portent ce projet. Une cinquantaine de personnes, médecins, sociétés savantes et associations, signent une tribune ce mercredi dans Le Parisien. "Nous en avons marre des paroles. Nous voulons maintenant des actes. Ça ne peut plus durer. Les patients sont à bout de souffle", a réagi mercredi 9 septembre sur franceinfo Éric Correia, président de la communauté d’agglomération du Grand Guéret et conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine. L'élu, également infirmier anesthésiste, affirme avoir "besoin de ces médicaments". Il en appelle à Emmanuel Macron dont "la parole présidentielle n'est pas respectée".

franceinfo : Vous partagez l'impatience de tous ceux qui signent cette tribune ? 

Éric Correia : Oui. Je partage l'impatience aussi de nombreux patients qui attendent et qui, aujourd'hui, sont considérés comme des délinquants alors qu'ils se débrouillent par eux-mêmes pour pouvoir se soigner. Je rappelle que j'ai fait cette proposition en 2017 de faire de la Creuse, mon département, un territoire de production, de conditionnement et de transformation de cannabis à usage thérapeutique, qui créerait aussi beaucoup d'emplois sur notre territoire. Cela fait trois ans que l'on se bat. Alors certes, il y a eu un certain nombre d'avancées. Si on a lancé cette expérimentation et obtenu cette expérimentation en France, c'est bien parce qu'un comité scientifique médical a avéré que le cannabis avait des effets thérapeutiques. Nous sommes partis là-dessus. Et aujourd'hui, nous en avons marre des paroles. Nous voulons maintenant des actes. Ça ne peut plus durer. Les patients sont à bout de souffle. Je suis infirmier anesthésiste formé à la prise en charge de la douleur. J'utilise des produits morphiniques, des dérivés des opiacés tous les jours qui sont très puissants, jusqu'à mille fois la morphine. Et on a besoin de ces médicaments. Heureusement qu'on les a. Mais on a aussi besoin du cannabis à usage thérapeutique pour des douleurs chroniques telles qu'elles ont été décrites par le comité scientifique. Donc, ça ne peut plus durer.  

Comment analysez-vous ce report ?  

Je ne comprends pas. L'épidémie, quelque part, a bon dos. En tous les cas, toutes les interrogations sont possibles. Je rappelle qu'en septembre 2019, le président de la République lui-même, Emmanuel Macron, a annoncé sur BFM TV, à l'île de la Réunion à l'occasion d'un déplacement, qu'après avoir autorisé l'expérimentation sanitaire, il allait autoriser l'expérimentation de productions locales, dont La Réunion et la Creuse. Cela fait un an. Et cela fait un an que la parole présidentielle n'est pas respectée. C'est quand même aussi très inquiétant pour ce pays. On peut se demander qui commande. Et dans le climat actuel, avec la "darmanisation" [en référence au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin], je dirais, de la société, avec cette répression qui met sur le même plan toutes les drogues en oubliant des patients qui souffrent, c'est extrêmement grave et dangereux. Qui commande dans ce pays ? Quel est ce pays que je ne reconnais plus, parfois réactionnaire ? Je ne sais plus dans quel pays je vis.   

Est-ce que ce report pose aussi des problèmes économiques ? Y a-t-il aussi une impatience des agriculteurs de la Creuse qui s'étaient préparés ?  

Le monde agricole est en souffrance chez nous. Les départements ruraux sont en souffrance. Je rappelle qu'un agriculteur peut travailler 60-70 heures par semaine et avoir un salaire de 600 euros. Jusqu'à quand on va les laisser dans cette souffrance-là ? Et donc, le cannabis, la culture de cannabis et sa transformation sur notre territoire, nous sommes prêts. J'ai un laboratoire à Guéret qui est prêt, qui a déjà embauché un ingénieur depuis un an et demi, qui le paye pour tout préparer. Aujourd'hui, ça n'avance pas. Donc, effectivement, le monde agricole et le monde des laboratoires de proximité sont vraiment en attente de pouvoir développer tout ça. Chez nous, c'est 150 à 300 emplois qui peuvent être créés assez rapidement autour de la culture de la transformation du cannabis à usage thérapeutique. Nous avons besoin de ces emplois. Il faut autoriser à produire. Et pour autoriser à transformer la fleur, c'est très rapide. Je ne comprends pas ce retard à partir du moment où ça peut être fait très simplement et très rapidement sur autorisation du gouvernement. Est-ce que ce gouvernement veut créer des emplois en France et particulièrement en Creuse, ou est-ce qu'il va laisser se créer les emplois au Portugal, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, ou ailleurs ? 

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