Cancer du sein : l'autorisation du Trodelvy apporte "un espoir énorme" aux patientes, mais "il faut continuer la recherche sur les traitements"

Des centaines de femmes atteintes d'un cancer du sein très agressif auront accès en France dès le 1er novembre à un traitement innovant qui allonge la durée de survie de plusieurs mois : un "espoir", en attendant d'autres thérapies.

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Une femme passe une mammographie dans un centre de radiologie en Haute-Savoie, le 1er décembre 2016.  (AMELIE-BENOIST / BSIP / AFP)

Fabriqué par le laboratoire américain Gilead, le Trodelvy est un traitement par anticorps conjugué à une chimiothérapie. A compter du lundi 1er novembre, ce médicament prometteur pourra être prescrit pour traiter des patientes atteintes d'un cancer du sein dit "triple négatif" – une forme particulièrement agressive de la maladie qui représente 15% des cancers du sein – au stade métastatique. Un espoir pour des centaines de patientes françaises en impasse thérapeutique.

Dans le collectif #Mobilisationtriplettes, créé en décembre 2020, des femmes atteintes de ce cancer – autoproclamées les "triplettes" – se sont battues pour obtenir l'accès au Trodelvy. Leur mission : sensibiliser l'opinion publique, alerter les instances décisionnelles de santé et les politiques sur la nécessité d'ouvrir l'accès aux traitements novateurs et soutenir la recherche via des campagnes de collecte de fonds. Porte-parole du collectif, Claude Coutier a expliqué à franceinfo les attentes autour de ce nouveau traitement.

Franceinfo : quels espoirs suscite ce traitement pour les patientes ?

Claude Coutier : Tout d'abord, rappelons que le Trodelvy est un médicament qui s'adresse uniquement aux "triplettes" métastasées, après la deuxième ligne de traitement. Il fonctionne pour 35% de ces patientes. Ce n'est donc par tout le monde, mais c'est déjà beaucoup car à ce niveau-là, la chimiothérapie ne fonctionne que sur à peu près 5% des patientes.

"On n'est pas sur de la guérison, ni sur de la vie à long terme. Le Trodelvy, lorsqu'il fonctionne, permet de doubler l'espérance de vie sur une médiane de survie qui est très courte au stade métastatique : 14 mois."

Claude Coutier, du collectif #MobilisationTriplettes

à franceinfo

C'est la même depuis 20 ans. Rien n'a avancé depuis. Pour toutes les femmes métastasées, en impasse thérapeutique, c'est un espoir énorme qui n'a pas de prix. Doubler l'espérance de vie, c'est donner l'espoir d'avoir le temps de voir arriver un nouveau traitement. C'est le premier traitement qui permet cela, mais ce n'est pas suffisant. On doit continuer la recherche et la mobilisation pour accéder à des traitements novateurs qui permettront de vivre plus longtemps avec cette maladie, en attendant un jour de pouvoir guérir.

Combien de femmes sont concernées en France ?

Le cancer du sein triple négatif, c'est 15% des cancers du sein : 30% des malades récidivent dans les trois ans et il y a environ 1 700 nouveaux cas par an où la maladie est métastatique, sans solution thérapeutique.

La France avait bénéficié d'une autorisation temporaire d'utilisation du Trodelvy en décembre 2020, mais elle a été arrêtée en janvier à cause de problèmes d'approvisionnement. La laboratoire n'était pas capable de produire en quantité suffisante, tandis que le marché américain était toujours approvisionné. En mars, nous avons fait une enquête auprès des oncologues afin de savoir combien de patientes avaient besoin de ce médicament de façon urgente. Cela correspondait à 600 patientes. Quelques centaines de Françaises, c'est une goutte d'eau par rapport au marché américain. Cela nous paraissait incompréhensible de ne pas avoir accès à ce médicament pour des urgences vitales. Malheureusement, nous avons vu partir plusieurs "triplettes" qui auraient eu besoin de ce médicament et n'ont pas pu l'avoir.

Désormais, les patientes qui se trouvaient en liste d'attente devraient être approvisionnées très rapidement, début novembre. A partir de lundi, les oncologues pourront faire des prescriptions via le dispositif d'accès précoce. Toutes les patientes qui en ont besoin pourront donc en bénéficier, ce qui reste une exception dans la communauté européenne.

Quels sont les autres options pour les patientes françaises ?

Aujourd’hui les traitements sont principalement à base de chimiothérapie. Une immunothérapie va bientôt arriver, pour des patientes répondant à des critères spécifiques. Il y a très peu de thérapies qui fonctionnent sur la durée. Au bout d'un moment, quand on est "triplette" métastasée en impasse thérapeutique, le seul espoir qu'on a, c'est de rentrer dans un essai clinique. Mais c'est très compliqué. Les critères d'éligibilité sont très stricts.

"Nous demandons plus d'inclusions dans les essais cliniques ainsi qu'une meilleure connaissance des essais cliniques qui existent pour les "triplettes".

Claude Coutier

à franceinfo

Nous demandons également un "droit d'essayer" encadré, en créant par exemple un groupe dédié aux impasses thérapeutiques dans ces essais. Ce groupe ferait l'objet d'un suivi spécifique et serait comptabilisé différemment dans les résultats de l'essai - parce qu'on peut comprendre que ce soit défavorable au médicament -, mais ce serait quelque chose qui permettrait un immense espoir d’accéder à des traitements novateurs, sans aller acheter sa santé hors de nos frontières.

Nous pensons qu'un meilleur relais dans les médias va contribuer à soutenir nos actions et favoriser l'émergence de programmes de recherches beaucoup plus dynamiques autour du cancer du sein triple négatif. C'est déjà le cas ! Nous nous sommes rapprochés de l'institut Curie et de Gustave Roussy et nous constatons qu'il y a de plus en plus de programmes qui sont lancés sur cette problématique. Nous les soutenons via des collectes de fonds. Il faut continuer à aller dans ce sens-là. C'est la seule clé pour la vie. Nous voulons vivre !

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