Gaële Joly, prix du reportage Radio France 2021

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"La nuit du 13 novembre par les appels au Samu" représentera Radio France au Prix des Médias Francophones Publics le 5 décembre. C'est le reportage et le travail de Gaële Joly, journaliste police/justice de franceinfo, qui a collecté treize heures de bandes sons provenant du standard du Samu la nuit du 13 novembre 2015 et qui les a ordonnés pour les besoins de son reportage. 

Article rédigé par
Eric Valmir - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Carte des 10e et 11e arrondissements de Paris établie en salle de crise du Samu, la nuit des attentats du 13 novembre 2015. (NICOLAS POIROT)

C'est en préparant les sujets pour le procès fleuve des attentats du 13 novembre 2015 que Gaële Joly échange avec Nicolas Poirot du Samu, de permanence ce soir là. Ils s'étaient déjà rencontrés, Gaële étant une des reporters de franceinfo postée devant le Bataclan cette nuit-là. Et dans la conversation, la journaliste apprend que le médecin dispose de 13 heures d'enregistrements. Les appels entrants et sortants du standard du Samu.

Et ces bandes sons, Nicolas Poirot les exploite à des fins de formation auprès des secouristes et des personnels soignants. Mais pourquoi ne pas aller plus loin et les libérer de l'ordinateur où ils sont retenus pour les confier à la mémoire collective ? Alors le médecin fait une copie qu'il confie à la reporter. Les bandes sons vont d'un service public à un autre. 

Gaële Joly écoute ces enregistrements d'un trait

Elle ressent la sidération tout autour, tant la force émotive revit avec ces documents audio. Mais la journaliste pour les besoins d'une diffusion doit ordonner et bâtir l'architecture d'un reportage et éviter le premier piège, le voyeurisme et le sensationnalisme. Ce qui est terrible dans l'écoute de ces documents, c'est que l'enregistrement se déclenche au moment de l'appel. Ce qui fait qu'on entend la musique demandant de patienter, mais surtout les voix à l'autre bout du fil.

Il y a des séquences indiffusables, inaudibles par la violence de la situation. Par exemple, Gaële écarte la voix de cet homme qui parle à sa femme en train de mourir, en lui disant que les secours vont bientôt arriver. L'horreur que l'on a connue en direct, un tel reportage n'en a pas besoin six ans après. En revanche, l'organisation des secours, des états-majors, la confusion entre les appels des victimes, les efforts des uns et des autres pour faire au mieux dans l'urgence, constituent le coeur de ce reportage. 

La distance du code narratif, une écriture dépouillée

Une écriture presque - osons le mot - chirurgicale, pour être en retrait et ne pas ajouter de la lourdeur à la lourdeur. Ce reportage présenté au Prix  Radio France qui récompense chaque année le travail d'un reporter d'une rédaction de Radio France, a touché le jury qui a décerné également une mention spéciale à Marion Aquilina, Sandrine Morin et Jeanne Marie Marco de France Bleu Occitanie pour leur série Mon AZF, Histoires de Toulousains.

La nuit du 13 novembre par les appels du Samu de Gaële Joly a interpellé le jury par sa force, sa cohésion, sa valeur informative et son code narratif fait de justesse et de distance. Ce reportage représentera Radio France au prix des Médias Francophones Publics le 5 décembre prochain. C'est un jury international d'une centaine d'auditeurs canadiens, suisses, belges et français, qui désignera le lauréat. Pour être juré,vous avez jusqu'au 30 novembre pour candidater ici

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