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Peut-on avoir de l'huile de palme durable ?

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Des industriels européens viennent de créer une alliance pour une huile de palme responsable. Cette huile omniprésente dans l'agro-alimentaire mais aussi dans les cosmétiques peut-elle être produite dans des conditions respectueuses de l'environnement ? Reportage en Malaisie, le deuxième producteur mondial, où le lobby d'une huile de palme durable devient de plus en plus actif.
Article rédigé par
Radio France
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Après les critiques sur l'huile de
palme et le débat sur la taxe Nutella en France, le lobby passe à l'offensive,
notamment en Malaisie, le deuxième producteur mondial. Sur la péninsule de
Malaisie de part et d'autre de l'autoroute qui mène de la capitale, Kuala
Lumpur, au nord du pays, il n'y a que des plantations de palmiers à huile. Vu
du ciel, c'est très vert mais d'en bas c'est une autre histoire. Les
plantations d'huile de palme sont la monoculture très lucrative du pays qui
occupe aujourd'hui cinq millions d'hectares.

Avec ses usines et ses raffineries,
l'huile de palme embauche 500.000 personnes. "L'huile de palme c'est la colonne
vertébrale de notre économie
", explique le docteur ChooYen May, directrice
générale du bureau de l'huile de palme de Malaisie (MPOB). L'Etat et les
collectivités partagent les terrains en concession entre de grandes compagnies
privées ou publiques comme Sime Darby ou FELDA (la deuxième entrée en bourse
l'an dernier après Facebook)  et plus de
200.000 petits propriétaires.

Plus de forêt vierge

Dans sa plantation à Teluk Intan, à
200 km au nord de Kuala Lumpur, Carl Nielsen fait une visite guidée de toutes
les installations de sa plantation. Lutte biologique contre les nuisibles dans
les champs pour minimiser les pesticides, traitements des effluents dans une
usine de méthanisation, le patron de United Plantation est intarissable devant
la presse sur les avantages de sa production. Ce quadragénaire danois, né en
Malaisie, est à la tête de 40.000 hectares et pèse plus de 300 millions d'euros
de chiffre d'affaires. Son entreprise existe depuis 1906.

Longtemps, ses prédécesseurs ont
fait de l'hévéa, du coco mais depuis les années 50 il produit principalement de
l'huile de palme. Aujourd'hui Carl voudrait vendre une huile certifiée
responsable (Roundtable on Sustainable Palm Oil, RSPO en anglais), mais il ne
trouve pas preneur. "C'est pénible quand mes clients me disent que je tue
des orangs-outangs alors qu'il n'y en a jamais eu dans cette partie de la Malaisie
",
tempête-t-il. Il n'y a plus de forêt vierge non plus, le mal est fait depuis
bien longtemps. 

"Bornéo, c'est encore le Far
West" (Alain Rival, auteur de La palme des controverses)

Même si Carl Nielsen a une
plantation en Indonésie, il se défend d'aller conquérir des terrains en
Afrique. Cinq compagnies malaisiennes le font avec une gestion très opaque des
concessions sur place surtout dans des pays comme le Libéria qui se relève à
peine d'une guerre civile. Même en Malaisie entre la péninsule et Bornéo, les
situations sont très différentes. "Bornéo : c'est encore le Far West !
Là-bas, le premier arrivé peut dire que le terrain est à lui
", explique
Alain Rival, auteur du livre La palme des controverses , aux éditions Quae.

Les limites du label "huile
certifiée responsable"

La forêt vierge a déjà été largement
grignotée pour ses bois précieux, par des plantations d'hévéa, d'acacia, par
des routes et aujourd'hui des barrages. Pourtant encore deux millions de
personnes vivent de la forêt. "Le label RSPO (Roundtable on Sustainable
Palm Oil) ne tient absolument pas compte des droits des communautés
indigènes
", explique Theiva Lingman, avocate pour l'association les Amis
de la Terre en Malaisie. La justice s'est déjà saisie de 200 cas de communautés
indigènes chassées de leur territoire.

►►► Le rapport WWF sur l'huile de
palme

La RSPO a de nombreuses limites : pas
de respect des droits des Penans, des Ibans ou d'autres populations indigènes
de Bornéo, pas non plus de prise en compte des émissions de gaz à effet de
serre, des engagements volontaires sans vérifier s'il n'y a pas de
déforestation. Pour autant, les ONG ne sont pas toutes d'accord pour boycotter
l'huile de palme. Mais elles se méfient beaucoup de ce label RSPO. "Vous êtes
une entreprise vous voulez mettre un label Green palm 
sur vos produits, il vous suffit de faire un
chèque. Pour moi, c'est du greenwashing
", estime Emmanuelle Grundmann,
primatologue et auteur du livre Un fléau si rentable . Pas simple pour le
consommateur de s'y retrouver. La transparence doit encore largement progresser
dans cette filière. 

En tous
cas, la Malaisie a très mal pris le boycott de l'huile de palme par certaines
marques, comme Findus ou Harry's. La proposition de taxer cette huile par le
sénateur Yves Daudigny, appelée taxe Nutella, non plus. La semaine prochaine,
"les huiles" des producteurs et de l'administration malaisienne seront
d'ailleurs à Paris. Elles comptent bien réexpliquer les enjeux économiques aux
politiques français. En pleine négociation de l'accord de libre-échange entre
la France et la Malaisie, ressortir un projet de taxe sur l'huile de palme
ferait mauvais genre. La Malaisie verrait cela comme du protectionnisme parce
qu'on ne produit pas d'huile de palme en Europe mais plutôt du tournesol, de
l'olive. Kuala Lumpur pourrait du coup revoir aussi l'accès des produits
français à son marché intérieur. Les relations économiques entre les deux pays
représentent quatre milliards d'euros.  

LE VRAI DU FAUX ►►► Ferrero dit-il
vrai sur le Nutella et l'huile de palme

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