Game over pour Fortnite en Chine

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Le jeu vidéo Fortnite va se retirer de Chine au grand désarroi de ses fans. Ce jeu réunit des millions d'adeptes dans le monde.

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Radio France
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Le logo Fortnite sur un smartphone. (SOPA IMAGES / LIGHTROCKET)

Depuis le 1er novembre, la version-test du jeu Fortnite – en expérimentation en Chine depuis 2018 – n'accepte plus de nouveaux joueurs. Le lundi 15 novembre à 11h, les serveurs vont s'éteindre. Il ne sera plus du tout possible de se connecter depuis la Chine.

Fortnite, lancé en 2017, est un jeu participatif, un "battle royale" qui se passe sur une île (dans un univers proche des dessins animés mais en mode fin du monde) où les joueurs s'affrontent jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un seul survivant. C'est un phénomène mondial : 350 millions d'utilisateurs. Plus que toute la population américaine réunie. Certaines parties sont parfois suivies en direct par des millions de spectateurs et les stars du moments (comme Ariana Grande) y font des apparitions sous forme d'avatars.

Trop de réglementations

L'éditeur américain de Fortnite, Epic Games, n'a pas donné d'explication officielle à la fin de cette expérimentation de sa version "bêta", mais sa décision intervient dans un contexte global de durcissement réglementaire à l'encontre des groupes privés de la tech, dans lequel les jeux vidéos (jugés par ailleurs trop addictifs) ne sont plus épargnés. 

Depuis cet été, les moins de 18 ans en Chine n'ont plus le droit de jouer en ligne librement : leur temps est limité à une heure par jour les vendredi, samedi et dimanche.

Le Parti communiste au pouvoir s'est aussi mêlé du contenu : pas trop de violence, pas trop de romances homosexuelles, censure des récits jugés "politiquement sensibles".

Pour se conformer à la réglementation, Fortnite avait déjà du imaginer une version chinoise spécifique et très édulcorée. Certains personnages ne pouvaient plus avoir un crâne à la place de leur tête : ils ont été recouverts d'une peau verte. Fortnite avait aussi réécrit l'histoire officielle du jeu en expliquant que tout se déroulait dans une simulation d'entraînement et que personne n'y mourrait vraiment.

Une version qui ne permettait pas non plus d'acheter des options, costumes ou armes pour les personnages, car ces "microtransactions" sont interdites par le gouvernement. Or, c'est justement de ces ventes que le jeu tire une grande partie de ses revenus. Sans ces rentrées d'argent, et malgré l'immensité du marché chinois, le modèle économique n'était pas tenable.

À ces difficultés s'ajoute un nouveau règlement sur la protection des données personnelles : la Personal Information Protection Law (PIPL), l'équivalent de notre RGPD (réglement général sur la protection des données) en Europe, en beaucoup plus strict. Il est entré en vigueur cette semaine. Le texte contraint les entreprises numériques étrangères à rendre des comptes aux agences de surveillance chinoises ; il leur interdit aussi de transférer les données de leurs clients vers des pays aux "normes réglementaires inférieures" à celles de Pékin. Au hasard, les États-Unis, qui ne disposent pas de loi sur la protection des données. 

S'ajoutent à la PIPL une loi sur la cybersécurité entrée en vigueur en mai 2017
et une autre loi sur la sécurité des données mise en œuvre en septembre : un arsenal de mesures qui restreignent considérablement les flux de données transfrontaliers et imposent leur localisation.

Yahoo!, LinkedIn quittent aussi la Chine

D'autres grands noms du numérique quittent la Chine : Yahoo! par exemple. Le moteur de recherche, arrivé en Chine en 1999, n'est plus du tout accessible depuis mardi. Raison invoquée par la direction du groupe : "un environnement commercial et juridique de plus en plus difficile". Le portail avait déjà fermé son service de messagerie en 2013 et ne pesait plus bien lourd.

LinkedIn, le réseau social professionnel de Microsoft, a lui aussi annoncé en octobre son prochain départ. Le géant de l'informatique a longtemps été l'une des rares entreprises américaines de l'internet à réussir à imposer en Chine un réseau social en dépit de la censure. On peut aussi citer tous ceux qui sont déjà totalement bloqués par une Grande Muraille informatique, un "grand firewall" des censeurs du régime : Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Wikipedia.

La pression exercée par les autorités chinoises ces dernières années sur les entreprises numériques étrangères a, en contrepartie, permis l'émergence de géants nationaux comme Alibaba ou Baidu, le Google chinois. Des groupes qui ont longtemps bénéficié des largesses de Pékin mais qui se retrouvent eux aussi désormais soumis à une réglementation de plus en plus contraignante.

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