Aux États-Unis, des grèves en série après la pandémie

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Les États-Unis, qui peinent à se relever de la pandémie de coronavirus, font face à une vague inédite de grèves. Rarement le pays a fait face à autant de mouvements sociaux au même moment. 

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Radio France
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Un grèviste de chez John Deere, le fabricant de tracteurs, à Davenport (États-Unis). (SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Au moins 100 000 salariés américains sont en grève ou sur le point de l'être (Le décompte officiel reste approximatif car le gouvernement ne recense que les mouvements qui impliquent plus de 1 000 grévistes) : ils sont personnels de santé, employés de l'agro-alimentaire, ouvriers... Pendant la pandémie, ils ont travaillé plus qu'avant et plus que les autres, ils ont parfois risqué leur vie en s'exposant au Covid. Aujourd'hui épuisés, alors que leurs entreprises n'ont jamais fait autant de bénéfices, ils réclament de meilleures conditions de travail, soutenus par des syndicats qui repartent à l'offensive après des années de déclin.

Ce mouvement aux Etats-Unis a un nom: la "Strike-tober", un mot-valise pour désigner cette vague de grève ("strike") au mois d'octobre ("october").

Le 1er octobre, 2 000 employés d'un hôpital privé dans l'État de New York, le Mercy Hospital, arrêtent le travail.

Le 5 octobre, 1 400 salariés débrayent chez Kellogg's, le fabricant de céréales: les usines qui produisent les Rice Krispies et les Corn Flakes tournent au ralenti. Et ça n'est pas pour eux, mais parce que l'entreprise est en train de généraliser une nouvelle catégorie d'employés qui n'ont pas accès aux mêmes avantages que les plus anciens : leurs salaires ne seront plus automatiquement ajustés sur le coût de la vie - alors que l'inflation augmente comme jamais depuis des décennies.

Jeudi dernier, le 14 octobre, encore plus fort : 10 000 salariés du constructeur de tracteurs et de matériel agricole John Deere cessent le travail. Quatorze sites de production ou de distribution sont à l'arrêt à travers le pays.

Les négociations avaient pourtant débouché sur une augmentation des salaires de 5 à 6% (le salaire moyen serait passé de 60 000 à près de 72 000 dollars par an). "Insuffisant", ont dit les syndicat,s qui espèrent obtenir beaucoup plus et revenir aux avantages qui ont été perdus dans les années 90.

Ils se savent en position de force : le pays fait face à une importante pénurie de main-d'œuvre et l'entreprise vise des bénéfices record pour cette année. Presque 6 milliards de dollars, 84% de plus qu'en 2019, avant la pandémie !

Des grèves qui aboutissent

Certains de ces mouvements sociaux aboutissent : en juillet, dans le Kansas, après seulement 19 jours de grève, les 600 salariés d'une usine de gâteaux apéritifs Frito-Lay, filiale de PepsiCo, ont obtenu un jour de congé par semaine et des augmentations. Dans l'Oregon, le patron des snacks Nabisco a lui cédé après cinq semaines de conflit. Là encore l'entreprise n'avait pas connu de mouvement social depuis 1969.

Hollywood est de son côté passé à un cheveu d'une grève massive des équipes de tournage. Un accord a été trouvé in extremis dans le week-end pour éviter la paralysie de l'industrie du cinéma. 60 000 "petites mains" étaient concernées (et prête à plus de 98% à faire grève) : décorateurs, cadreurs, maquilleuses... qui ont finalement eu raison de l'Alliance des producteurs de cinéma et de télévision (AMPTP), qui représente notamment Disney, Warner ou encore Netflix.

Plus il y a de grèves qui parviennent à leurs fins, plus de nouvelles démarrent : c'est l'effet boule de neige. Les États-Unis (où le salaire minimum fédéral plafonne à 7,25 dollars depuis douze ans, même si plusieurs Etats imposent un salaire plus élevé) doivent se préparer à d'autres mouvements sociaux dans les semaines et les mois qui viennent.

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