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La guerre de l’acier chinois en plein cœur de l’été

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Un pas supplémentaire est franchi dans les tensions commerciales entre Bruxelles, Pékin et Moscou. L’Union européenne renforce les droits de douane sur l’acier en provenance de Chine et de Russie. Décision économique, lourde de sens sur le plan géopolitique.
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Radio France
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Franceinfo (Franceinfo)

La Commission européenne rend définitives les mesures anti-dumping qui étaient imposées de manière provisoire depuis février... les droits de douanes sur l’acier chinois et russe sont mis en place pour

cinq ans et seront prélevés de manière rétroactive à février. Le montant des taxes est plutôt conséquent : entre 20 et 22% pour les entreprises chinoises ; entre 19 et 36% pour les russes.

Pourquoi ce durcissement de la part de Bruxelles ?

Face à un niveau record d’impopularité dans l’opinion, l’UE profite de toutes les occasions pour montrer les dents. Le secteur de l’acier lui en offre une belle occasion car le secteur est fortement concurrentiel.

On parle là précisément d’acier laminé, utilisé notamment dans l’industrie automobile, l’électroménager et la construction… des secteurs très sensibles en termes d’emplois.

Et puis on avait assisté en début d’année à une manifestation assez hors du commun à Bruxelles : les patrons de la métallurgie, main dans la main avec les syndicats, pour lancer un appel de détresse à la Commission.

Russie et Chine, des concurrents féroces

Arrêtons-nous sur le cas de la Chine. L‘Union européenne est le deuxième plus gros producteur d’acier au monde après l’Empire du Milieu, avec près de 180 millions de tonnes produites par an. Or, sur la seule année 2015, les exportations chinoises ont bondi de plus de 50%.

La surproduction atteindrait 340 millions de tonnes. Conséquence de la transformation et du ralentissement de l'économie chinoise : les usines locales ont besoin de moins d'acier et cela génère des surplus dont il faut se débarrasser.

Cela est à mettre en parallèle avec d'autres chiffres : ces dernières années, quelque 40.000 emplois ont été perdus dans la métallurgie européenne. Inutile de rappeler les tristes épisodes comme celui d’Arcelor-Mittal, à Florange, en Moselle… Vallourec, déjà touché par la chute des cours du pétrole, doit aussi faire face à la concurrence des tuyaux sans soudures fabriqués en Chine et de bien piètre qualité par rapport à notre savoir-faire.

Dimension géopolitique

Les producteurs européens d’acier, qui accusent la Chine de vendre à perte, voient d’un très mauvais œil l’octroi à la Chine du statut d’économie de marché.

La Chine est-elle une économie de marché ? Non, à partir du moment où elle ne respecte pas les règles de concurrence internationale... sans parler des Droits de l'Homme.

En mai dernier, les eurodéputés ont refusé à la Chine ce statut d’économie de marché, mais pour l’instant la décision est non législative, non contraignante. Le combat doit donc se poursuivre. Derrière les taxes anti-dumping, la pression politique ? C’est l’autre message envoyé par la Commission européenne.

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