Emmanuel Macron giflé : ce que l'on sait de l'auteur du geste, Damien Tarel

Le chef de l'État a reçu une gifle lors d'un déplacement à Tain-L'Hermitage, mardi. L'auteur du geste a expliqué "avoir des convictions politiques traditionnelles de droite ou d'ultra droite". Il a été condamné à à 18 mois de prison dont quatre mois ferme.

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Radio France
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Un homme gifle le président de la République, Emmanuel Macron, à Tain-l'Hermitage (Drôme), le 8 juin 2021. Damien Tarel a été condamné à à 18 mois de prison dont quatre mois ferme.  (CAPTURE D'ÉCRAN)

Deux hommes âgés de 28 ans et inconnus des services judiciaires ont été placés en garde à vue, mardi 8 juin, pour "violences sans incapacité sur personne dépositaire de l'autorité publique". L'un d'eux, Damien Tarel, a été jugé en comparution immédiate et condamné à 18 mois de prison dont quatre mois ferme. Il avait reconnu lors de son audition être l'auteur de la gifle qui a visé le président de la République lors de son déplacement à Tain-L'Hermitage (Drôme), mardi 8 juin. Son test d'alcoolémie s'est révélé positif, selon une source proche du dossier. L'autre homme, Arthur C., l'accompagnait et a filmé la scène.

 

Un intérêt pour la fachosphère

Selon nos informations, ces deux hommes, Damien Tarel et Arthur C., n'ont pas d'antécédent judiciaire. Le premier est sans emploi et vit chez les parents de sa petit amie, le second est intérimaire. Ils résident à Saint-Vallier (Drôme), au nord de Valence.

D'après ses recherches et activités sur internet, Damien Tarel, démontre un intérêt pour des personnalités de la fachosphère. Sur les réseaux sociaux, Damien Tarel n'affiche pas son militantisme, mais sur YouTube, il est abonné à des influenceurs d’extrême droite, comme Papacito, l'auteur d'une vidéo polémique qui explique comment s’en prendre à un militant de La France insoumise et contre lequel Jean-Luc Mélenchon et son parti ont dit vouloir porter plainte pour "provocation au meurtre". Damien Tarel suit également la chaîne de Julien Rochedy, l’ancien président du Front national de la jeunesse, ainsi que les activités du groupe "Équipe Communautaire Paris", affilié au réseau "Les Braves", du suprémaciste blanc Daniel Conversano.

Lors de son audition, Damien Tarel s'est présenté comme proche de "la mouvance des gilets jaunes" et partageant des "convictions politiques traditionnelles de droite ou d'ultra droite" sans être "d'aucun parti ni militantisme exprimé", a expliqué le procureur de la République.

Par ailleurs, selon des informations de franceinfo et France Bleu Drôme Ardèche, un exemplaire de Mein Kampf ainsi qu'un drapeau de la révolution russe ont été découverts au domicile du deuxième homme placé en garde à vue, Arthur C. Plusieurs armes ont également été retrouvées sur place : des armes de poing, d'épaule, des armes historiques à poudre noire, une épée, ou encore une dague. Arthur C. détient légalement au moins une carabine. Des vérifications sont en cours pour les autres armes.

Une passion pour le Moyen Âge

Les deux hommes sont membres d'associations de leur commune "en lien avec les arts martiaux, le Moyen Âge et l'univers mangas", a précisé le procureur de la République, mercredi. Damien Tarel est président de l'association des arts martiaux historiques européens (AMHE) à Saint-Vallier (Drôme). Par ailleurs, une photo publiée sur son compte Instagram le montre en habits de chevalier, avec une longue épée à ses côtés. Une passion qui peut expliquer pourquoi on l’entend lancer "Montjoie Saint-Denis !", le cri de ralliement des armées royales françaises, au moment de son geste envers le président. Un cri de guerre qui remonte à la dynastie des Capétiens au XIIe siècle, et également entendu dans le film Les Visiteurs, en 1993.

Damien T. sur une photo postée sur son profil Instagram. (CAPTURE D'ÉCRAN)

L'agresseur déclare avoir agi "sans réfléchir"

L'enquête a essayé de connaître les motivations de cette agression. Les auditions des témoins et de la compagne de Damien Tarel n'ont pas éclairé "les motivations" du jeune homme, a expliqué le procureur de la République. La préméditation n'a pas été retenue.

Au cours de son audition, Damien Tarel a reconnu "avoir porté un coup au chef de l'État et avoir prononcé des paroles dénonçant la politique", explique le procureur de la République de Valence. Le suspect "soutient avoir agi d'instinct et sans réfléchir pour exprimer son mécontentement". "L'individu a pu déclarer avoir eu l'intention d'échanger verbalement avec le chef de l'État sur la politique menée actuellement", ajoute le procureur, Alex Perrin.

Lors de son procès en comparution immédiate à Valence, jeudi, il a expliqué au tribunal qu'il se sentait "investi par ce que représentent les 'gilets jaunes', qui ne sont jamais écoutés, et par le peuple en général." "Je pense qu'Emmanuel Macron représente la déchéance de notre pays, a-t-il dit. Quand il s'est dirigé vers moi, ça m'a surpris. Quand j'ai vu son regard sympathique et menteur, et qu'il voulait faire de moi un électeur, ça a provoqué du dégout."

Damien Tarel condamné à 18 mois de prison, dont 4 mois ferme

L'auteur de la gifle a été condamné jeudi par le tribunal correctionnel de Valence à 18 mois de prison pour violence volontaire sur personne dépositaire de l'autorité publique, dont 14 mois avec sursis probatoire de deux ans. Il écope donc de 4 mois ferme, avec mandat de dépot. Damien Tarel est également condamné à une obligation de soins psychologie, privé de ses droits civiques pendants trois ans et interdit d'exercer une fonction publique de manière définitive. Il lui est enfin interdit de détenir une arme pendant cinq ans.

Le procureur de la République avait requis 18 mois de prison ferme, l'interdiction définitive d'exercer une fonction publique, l'interdiction du droit de vote et de détenir une arme pendant cinq ans. La peine maximale encourue pour ce type de délit est théoriquement de trois ans de prison et 45 000 euros d'amende.

L'implication d'Arthur C., le deuxième suspect interpellé mardi, "ne peut être retenue concernant les faits commis à l'encontre" d'Emmanuel Macron, explique le procureur. Mais il se verra "délivrer une convocation en justice pour la fin du second semestre 2022". Il devra alors répondre "des infractions en lien avec les armes détenues illégalement".

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