Migrants : ce que l'on sait du naufrage qui a fait au moins 27 morts au large de Calais

Selon le dernier bilan, au moins 27 personnes sont mortes mercredi après-midi dans le naufrage de leur embarcation dans la Manche, le plus meurtrier jamais observé. Cinq personnes soupçonnées d'être les passeurs ont été arrêtées. 

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Un navire de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) arrive dans le port de Calais (Pas-de-Calais) avec à son bord des corps de migrants morts dans un naufrage, le 24 novembre 2021. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Des hommes, des femmes et des enfants sont morts lors d'une traversée de la Manche, au large de Calais (Pas-de-Calais), mercredi 24 novembre en début d'après-midi. Depuis 2018 et le verrouillage progressif du port de la ville et du tunnel sous la Manche, empruntés jusque-là par les migrants tentant de rallier l'Angleterre, le nombre de traversées migratoires de la Manche explose. Mais le drame survenu mercredi est de loin le plus meurtrier. Avant ce naufrage, le bilan humain depuis janvier s'élevait à trois morts et quatre disparus. 

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Une enquête a été ouverte, notamment pour "homicides et blessures involontaires" et "association de malfaiteurs" et cinq personnes suspectées d'être des passeurs ont été arrêtées, a précisé le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, jeudi matin. L'exécutif a convenu, jeudi matin, de la nécessité de déployer davantage de moyens pour les sauveteurs en mer, selon nos informations. Franceinfo revient sur ce que l'on sait de ce drame. 

Un bateau gonflable sombre au large de Calais  

Vers 14 heures mercredi, un pêcheur a signalé la découverte d'une quinzaine de corps flottant au large de Calais. Le drame s'est déroulé un peu auparavant, lorsqu'une "une cinquantaine" de personnes, dont des femmes et des enfants, ont tenté de rejoindre l'Angleterre depuis Loon-Plage (Nord), près de Dunkerque, sur un "longboat", a précisé Franck Dhersin, vice-président de la région Hauts-de-France. Il s'agit d'un bateau gonflable au fond souple, dont l'utilisation par les passeurs s'est accrue depuis l'été. 

Les passagers se sont alors retrouvés dans une eau froide, à 17 °C. Tant du côté français que britannique, d'importants moyens ont été dépêchés lors du sauvetage, notamment deux hélicoptères et trois bateaux. Selon l'administration des affaires maritimes, les recherches dans le détroit du Pas-de-Calais ont été interrompues mercredi soir.

Malgré des températures hivernales, les traversées de migrants dans des embarcations de fortune ne faiblissent pas. Au 20 novembre, 31 500 migrants avaient quitté les côtes depuis le début de l'année et 7 800 migrants avaient été sauvés, d'après des chiffres cités par l'AFP. Selon Londres, 22 000 migrants ont réussi la traversée sur les dix premiers mois de l'année.

Un bilan très lourd 

Les navires de sauvetage, ramenant les victimes, ont accosté dans le port de Calais en soirée. "Nous avons récupéré six corps à la dérive", a détaillé Charles Devos, le patron de la vedette Notre-Dame du Risban de la SNSM de Calais, décrivant "une embarcation pneumatique carrément dégonflée".

Parmi les victimes figurent 17 hommes, sept femmes et trois jeunes, ainsi que deux survivants, selon un communiqué publié jeudi par le parquet de Lille. Deux survivants, un Irakien et un Somalien, ont été hospitalisés en "grave hypothermie". Allant "un peu mieux aujourd'hui", ils "devraient pouvoir être entendus sous peu", a précisé le ministre de l'Intérieur jeudi. 

Quant aux dépouilles, la police a commencé, dès mercredi soir, le travail d'identification, avant d'autoriser leur transfert à l'Institut médico-légal de Lille pour autopsies. 

Plusieurs hommages aux migrants noyés sont organisés jeudi en France. A Calais, une chapelle ardente a été installée et un "cercle de silence" aura lieu à 18h30. A Dunkerque, un rassemblement de solidarité est prévu à 18 heures sur le parvis de la Communauté urbaine. A Paris, un hommage est organisé à l'initiative de l'association Utopia, place de la République, à 20 heures.

Cinq personnes arrêtées 

Au regard de l'ampleur du drame, du nombre de victimes et des moyens qui vont devoir être déployés, le parquet de Dunkerque a été dessaisi. C'est la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Lille qui est chargée de l'enquête ouverte pour "aide à l'entrée et au séjour irréguliers en bande organisée", "homicide et blessures involontaires" et "association de malfaiteurs". "L'épave a été saisie et sera examinée pour éclaircir les causes du naufrage", a indiqué la procureure.

Selon le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, cinq personnes soupçonnées d'être des passeurs en lien avec la tragédie ont été arrêtées, dont quatre mercredi en fin d'après midi et une cinquième dans la nuit de mercredi à jeudi. Gérald Darmanin, invité sur RTL jeudi matin, a précisé que cet homme avait "une plaque d'immatriculation allemande" et avait "acheté des Zodiacs en Allemagne". Avant d'ajouter : "Depuis le 1er janvier, nous avons arrêté 1 500 passeurs". .

Londres et Paris veulent intensifier la lutte contre les traversées mortelles

Lors d'un entretien téléphonique mercredi soir, le Premier ministre britannique Boris Johnson et le président français Emmanuel Macron sont convenus "de l'urgence d'intensifier les efforts conjoints pour empêcher ces traversées mortelles", selon un porte-parole de Downing Street. Le gouvernement britannique a proposé jeudi à la France des patrouilles de police communes sur la côte française longeant la Manche. Londres et Paris s'étaient déjà récemment mis d'accord pour renforcer leurs efforts afin de tarir les départs, après l'arrivée, le 11 novembre, de 1 185 migrants en Angleterre. 

De son côté, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, "choqué, révolté et profondément attristé", a assuré sur Sky News vouloir "faire plus" avec la France pour décourager les traversées illégales, pointant les désaccords franco-britanniques. Quant au président de la République, il a assuré que "la France ne laissera[it] pas la Manche devenir un cimetière", réclamant "une réunion d'urgence des ministres européens". Lors d'une réunion interministérielle, qui s'est déroulée tôt jeudi matin sous l'égide du Premier ministre Jean Castex, il a été convenu de la nécessité de déployer davantage de moyens pour les sauveteurs en mer, d'augmenter le nombre de bateaux et de drones et d'installer des caméras thermiques dans les dunes afin d'empêcher les départs et repérer les embarcations, selon des informations de franceinfo.

Une situation alarmante que dénoncent les associations

Les réactions sont également vives parmi les associations qui accompagnent les migrants. Selon Yann Manzi, le cofondateur d'Utopia 56, interrogé sur franceinfo, la tension était grandissante depuis plusieurs semaines, avec "la sur-sécurisation et les moyens supplémentaires pour empêcher ces populations d'avoir un futur". Ces trois derniers mois, les tentatives de traversées de la Manche à bord de petites embarcations ont doublé, avait alerté le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux, le 19 novembre.

Une situation alarmante que constate aussi Pierre Roques, de l'Auberge des migrants, une association locale, auprès de l'AFP : "Les gens meurent dans la Manche qui est en train de se transformer en cimetière à ciel ouvert."

L'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), "choquée et bouleversée", a estimé, dans un communiqué de presse, que "seuls les efforts coordonnés et solidaires (...) permettront de prévenir de nouvelles tragédies".

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