COP26 : "Il faut un nouveau narratif à l'écologie", elle peut être rentable, assure le président de la fondation Solar Impulse

Il existe des solutions pour lutter contre le dérèglement climatique, "financièrement rentables et créatrices d'emploi", a affirmé Bertrand Piccard, président de la fondation Solar Impulse sur franceinfo.

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Bertrand Piccard, prend la parole avant le baptême du "Circular Explorer", à Hambourg, le 21 juillet 2021. (JONAS WALZBERG / DPA)

"Il faut un nouveau narratif à l'écologie. Si on montre [à ceux qui ont le pouvoir] qu'il est dans leur intérêt personnel, qu'il y a des opportunités économiques à mettre en œuvre" des solutions pour lutter contre le dérèglement climatique, "alors ils vont le faire", a expliqué vendredi 29 octobre sur franceinfo, Bertrand Piccard. L'initiateur et président de la Fondation Solar Impulse va présenter, lors de la COP26, qui débute dimanche à Glasgow, 1 300 solutions durables, "financièrement rentables et créatrices d'emploi" pour lutter contre le dérèglement climatique. Pour Bertrand Piccard, il y a complémentarité entre les constats et les mots culpabilisateurs de Greta Thunberg à l'égard des générations qui n'ont pas agi pour lutter contre le dérèglement climatique, et le discours de solutions que le président de Solar Impulse porte.

franceinfo : L'ONU a rappelé que nous sommes très loin de tenir les engagements pris lors de la COP21, à Paris, en 2015. Y a-t-il tout de même des notes d'espoir sur lesquelles s'appuyer ?

Bertrand Piccard : L'espoir ou le désespoir, ça ne sert à rien. Ce qu'il faut, c'est être très réaliste. Aujourd'hui, on voit que les pays invités à la COP26 de Glasgow doivent donner leurs engagements pour atteindre les accords de Paris. Et ces pays y vont vraiment sur la pointe des pieds, parce qu'ils se disent que chaque engagement va être préjudiciable à leur développement économique. Ce que j'aimerais faire avec les 1 300 solutions trouvées avec la Fondation Solar Impulse, c'est de montrer que c'est exactement le contraire. Dire qu'aujourd'hui, si on veut créer de la richesse, on est obligé d'utiliser l'écologie comme force motrice. C'est comme ça qu'on va devenir plus efficient, qu'on va économiser les ressources naturelles, diminuer la facture énergétique, lancer des grands chantiers de rénovation de bâtiments, d'infrastructures modernes.

Vous avez dit qu'il y a, parmi les gens qui ont le pouvoir, beaucoup d'argent, des personnes insensibles, qui ne bougeront jamais si on ne les convainc pas qu'ils ont intérêt à aller dans ce sens...

Si on leur présente une vision sacrificielle et compassionnelle de l'écologie, ils ne vont pas du tout être motivés. Si on leur montre qu'il est dans leur intérêt personnel de devenir plus écologique, plus vert, plus efficient, alors ils vont le faire. Ils vont développer de nouvelles opportunités, créer de l'emploi. Et comme ça, réconcilier l'écologie et l'économie. Il faut un nouveau narratif à l'écologie. Les écologistes sont déjà convaincus. Je n'ai pas besoin de les convaincre. Quand je vais voir des chefs d'État ou des patrons de grandes entreprises, et que je leur dis qu'on a trouvé avec la Fondation 1 300 solutions financièrement rentables, créatrices d'emploi et protectrices de l'environnement, à ce moment-là, cela les intéresse. Ils savent qu'il y a des opportunités économiques à mettre en œuvre ces solutions.

La jeune activiste Greta Thunberg sera aussi présente à la COP26. Elle déclarait récemment qu'il n'y a pas de planète B, qu'il y en a assez du "bla bla". Elle agace un certain nombre d'adultes, choqués qu'elle leur donne des leçons. Elle a tout de même raison. Quelle est la différence avec vous ?

Ceux qui la critiquent signent leur propre pathologie, parce que ce sont ceux qui polluent le plus, qui ont envie de faire durer le système, et qui veulent faire taire ceux qui les remettent en question. Donc, Greta est utile. La seule chose, c'est qu'elle crie "problèmes, problèmes, problèmes !" Moi, je crie "solutions, solutions, solutions !" Quand elle passe avant moi lors d'une conférence, elle fait peur à tout le monde, et elle rend les gens plus réceptifs au moment où on arrive pour dire qu'il y a des solutions. Il y a une complémentarité très utile.

On a constaté, avec la pandémie et le ralentissement brutal de l'économie, une forte réduction des émissions de gaz à effet de serre. Est-ce que cela veut dire que la lutte contre le dérèglement climatique passe forcément par une forme de décroissance, ou de ralentissement ?

En tout cas, il faut décroître le gaspillage, la pollution, la démesure, l'inefficience. Mais il ne faut pas décroître le fonctionnement économique, parce qu'il est garant du paiement des retraites, de la Sécu, des salaires, du bien-être des gens. Donc vous ne pouvez pas juste dire qu'il faut croître ou décroître sans dire ce que l'on doit accroître. Il faut déjà penser à demain, que les investissements doivent absolument être faits dans des secteurs prometteurs. Mettre de l'argent dans la relance des voitures à moteurs thermiques, c'est idiot, parce qu'ils seront bientôt interdits dans les villes. Ce qu'il faut développer, ce sont des voitures électriques, des filières à hydrogène, mais aussi faire des plans de rénovation des bâtiments pour réduire les passoires thermiques. Mettre en place des nouveaux processus industriels. Il y a des opportunités économiques extraordinaires à protéger l'environnement.

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