COP26 : ce que l'on sait de l'accord sur la déforestation signé à Glasgow

Selon le gouvernement britannique, une déclaration commune va être adoptée par plus de cent pays abritant 85% des forêts mondiales, dont la forêt boréale du Canada, la forêt amazonienne au Brésil ou encore la forêt tropicale du bassin du Congo.

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De la fumée s'élève d'un feu de forêt dans la ville de Novo Progresso, dans l'état de Para, au Brésil, le 15 août 2020.  (FERNANDO SOUZA / AGIF / AFP)

Il s'agit du "plus grand pas en avant dans la protection des forêts mondiales en une génération", s'est enthousiasmé Boris Johnson dans un communiqué publié lundi 1er novembre. Les dirigeants mondiaux réunis à Glasgow (Ecosse) pour la COP26 doivent s'engager, mardi 2 novembre, à enrayer la déforestation d'ici 2030. Selon le gouvernement britannique, hôte de la conférence climat, une déclaration commune va être adoptée par plus de cent pays abritant 85% des forêts mondiales.

L'initiative est essentielle pour parvenir à l'objectif de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C, selon le Premier ministre britannique, Boris Johnson. "Ces formidables écosystèmes fourmillants - ces cathédrales de la nature - sont les poumons de notre planète", absorbant une part importante du CO2 rejeté dans l'atmosphère, doit-il dire mardi selon ses services. Or, les forêts, "essentielles à notre survie-même", sont en train de reculer au "rythme alarmant" de 27 terrains de football chaque minute. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait du texte qui doit être dévoilé mardi.

Des fonds publics et privés pour protéger les forêts

Cet accord prévoit de mobiliser 19,2 milliards de dollars (16,5 milliards d'euros) pour la protection et la restauration des forêts. Dans le détail, douze pays, dont la France, vont s'engager à mobiliser conjointement 8,75 milliards de livres (10,3 milliards d'euros) de fonds publics entre 2021 et 2025, pour lutter contre la déforestation. A cette somme devrait s’ajouter 5,3 milliards de livres (6,24 milliards d'euros) d'investissements privés.

Parmi ces fonds, 1,1 milliard de livres (1,3 milliard de dollars) seront notamment fléchés pour protéger le bassin du Congo, qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après l'Amazonie.

Par ailleurs, les PDG de plus de 30 institutions financières, représentant plus de 8 700 milliards de dollars d'actifs mondiaux - dont Aviva, Schroders et Axa - vont s'engager à éliminer les investissements dans les activités liées à la déforestation.

Fran Price, responsable de l'ONG WWF Global Forest Practice, appelle à la "mise en œuvre urgente de ces engagements et politiques pour lutter contre les moteurs de la déforestation et la dégradation des forêts, y compris les activités agricoles et extractives non durables, le régime foncier et la gouvernance et les flux financiers." Dans un communiqué (contenu en anglais), elle ajoute que cet accord devra, pour être réellement ambitieux, "inclure des politiques plus strictes dans les pays importateurs et producteurs, davantage de financement pour la conservation des forêts et une participation active des peuples autochtones et des communautés locales (PACL) à la prise de décision et à l'élaboration des politiques."

Des engagements pour sauver nos forêts

Selon l'ONG WWF, les engagements clés de cette déclaration comprennent notamment la conservation des forêts et autres écosystèmes terrestres, ainsi que l'accélération de leur restauration. L'accord prévoit également la promotion de la production et de la consommation durables de produits de base (qui n'entraînent pas la déforestation et la dégradation des terres) ou encore la réduction de la vulnérabilité des communautés qui vivent dans ces territoires.

Une centaine de pays signataires...

Au total, cette déclaration commune sera adoptée par plus de cent pays. A eux tous, ils abritent 85% des forêts mondiales, dont la forêt boréale du Canada, la forêt amazonienne au Brésil ou encore la forêt tropicale du bassin du Congo. La Russie, la Chine, l'Australie, les Etats-Unis ou encore la France figurent également parmi les signataires.

... dont des pays jugés peu "crédibles" par les ONG

Coordinateur de campagne de l'ONG Canopée, qui œuvre pour la protection des forêts mondiales, Sylvain Angérand estime qu'il existe une interrogation quant à la signature d'un certain nombre de pays "dont on peut légitimement douter de leur bonne foi". Interrogé mardi sur franceinfo, il a notamment cité la République démocratique du Congo, "qui s'apprête à lever un moratoire sur une exploitation forestière d'une surface équivalente à celle de la France", mais aussi le Brésil, "où nous avons battu des records de déforestation depuis trois ans". "Quelle est leur crédibilité ?", s'est-il interrogé.

Sous le feu des critiques pour sa politique environnementale, le Brésil a d'ailleurs annoncé lundi à la COP26 des objectifs plus ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2 et de lutte contre la déforestation, prévoyant de baisser ses émissions de 50% d'ici 2030 et d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Selon plusieurs études récentes, la déforestation en Amazonie brésilienne a transformé ce puits de carbone fondamental pour la planète en émetteur net de CO2 en 2020. Des experts de l'ONG autrichienne AllRise estiment ainsi que le rythme de cette déforestation s'est accru de 88% depuis l'arrivée au pouvoir du dirigeant d'extrême droite, Jair Bolsonaro, représentant une perte de quelque 4 000 km2 de forêt amazonienne chaque année.

Des objectifs pas vraiment nouveaux

Le nouvel engagement contre la déforestation fait écho à la Déclaration de New York sur les forêts de 2014. A l'époque, de nombreux pays s'étaient engagés à diviser par deux la déforestation en 2020 et d'y mettre fin en 2030. "La plupart des signataires, dont la France, s'étaient déjà engagés à mettre fin à la déforestation importée en 2020", a rappelé sur franceinfo Sylvain Angérand."Nous n'avons pas atteint cet objectif et nous le décalons simplement à 2030. C'est inquiétant." Il concède toutefois que cette annonce constitue un "signal intéressant", mais met en garde : "il faut aujourd'hui des actions concrètes et nous devons les voir de façon beaucoup plus précise".

Du côté de Greenpeace, on estime que l'objectif de 2030 est beaucoup trop lointain et donne le feu vert à "une décennie supplémentaire de déforestation".

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