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Génocide au Rwanda : la reconnaissance a "du mal à rentrer dans la mémoire contemporaine"

Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef de la revue XXI, est revenu pour franceinfo dimanche, sur la condamnation en appel, la veille, du premier Rwandais jugé en France pour le génocide au Rwanda en 1994.

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Radio France
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Pascal Simbiokangwa, premier Rawandais condamné en France pour le génocide des Tutsi, le 25 octobre 2016 au tribunal de Bobigny. (BERTRAND GUAY / AFP)

La justice française a confirmé samedi 3 décembre, en appel, la condamnation à 25 ans de réclusion criminelle de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France en lien avec le génocide des Tutsi en 1994. Cet ancien capitaine de la garde présidentielle et reconverti dans la police politique, a été condamné pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité. Patrick de Saint-Exupéry, journaliste et rédacteur en chef de la revue XXI, était au Rwanda au moment du génocide en 1994. Pour lui cette décision est d’autant plus importante que la reconnaissance de ce massacre "a du mal à rentrer dans la mémoire contemporaine", a-t-il affirmé sur franceinfo dimanche.

franceinfo : L’arrêt de la cour d’appel est historique selon vous ?

Patrick de Saint-Exupéry : Oui, parce que c’est extrêmement rare d’entendre en France quelqu’un condamné pour crimes de génocide. Bien entendu, c’est la condamnation d’un homme. Il ne s’agit pas de juger autre chose qu’un homme et les actions d’un homme. Cette condamnation inscrit dans l’Histoire quelque chose d’extrêmement important : la reconnaissance du génocide des Tutsi, dont on sent bien qu’elle a du mal à rentrer dans la mémoire contemporaine.

Mais 22 ans après, pourquoi a-t-on autant de mal à reconnaître ce génocide ? Est-ce que c’est parce que la France aurait sa part de responsabilité ?

C’est un des éléments bien sûr, mais l’autre élément est aussi constitutif du crime du génocide. Il ne faut pas oublier qu’il a fallu plus de 20 ans pour que la Shoah rentre dans la mémoire de l’Europe, qu'elle prenne conscience du crime qui s’est passé. Il a fallu attendre l’arrestation d’Adolf Eichmann dans les années 60.

Vous-même, lorsque vous avez publié votre livre, L’inavouable, vous avez été poursuivi, avant d’être relaxé.

Oui, parce qu’il y a forcément des gens qui entendent discuter ce crime et le remettre en cause. Il est tellement énorme. Il est tellement saisissant. Sa conséquence est aussi un silence absolument incroyable pour une raison toute simple : c’est une extermination. Toutes les victimes ou l’essentiel ont été tuées. Il ne reste plus personne pour porter la parole de ce qu’il s’est passé. La parole qui s’exprime dans l’après-génocide est d’abord celle de ceux qui ont intérêt à nier la réalité de ce qu’il s’est produit.

Que ressentez-vous lorsque vous retournez au Rwanda ?

À chaque fois que je retourne au Rwanda, je discute avec des gens qui n’ont qu’une envie, c’est d’essayer de comprendre. Il n’y a aucune animosité par rapport aux Français ou à la France. En revanche, il y a énormément de questions extrêmement précises, qui sont posées à un certain nombre de responsables. Il y a une interrogation qui est là. Elle pèse extrêmement lourd. Ils aimeraient comprendre un petit peu quel a été leur rôle dans ce qu’il s’est passé chez eux.

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