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Municipales en Tunisie: des électeurs sceptiques

La campagne pour les élections municipales du 6 mai 2018, lancée le 14 avril, «ne décolle pas», constate le journal tunisois francophone «La Presse». Les observateurs craignent une abstention massive. En cause: les mauvais résultats socio-économiques et un enjeu du scrutin mal perçu. La société civile et les pouvoirs publics tunisiens ont lancé des initiatives pour tenter d'inverser la tendance.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
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Des électrices tunisiennes regardent des panneaux électoraux, le 14 avril 2008, à Ariana (banlieue de Tunis). (FETHI BELAID / AFP)

En apparence, les chiffres semblent montrer une incontestable vigueur démocratique. Quelque 2000 listes, qui se disputent les votes de plus de 5 millions d’électeurs, ont ainsi été enregistrées pour les 350 circonscriptions en jeu. La parité, imposée par la loi électorale, a été instituée: près de 50% des candidats sont des candidates, même si seulement un peu plus de 30% des têtes de listes sont des femmes.     

Pour autant, la situation n’est pas aussi rose qu’on pourrait le croire de prime abord. Même si l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) a interdit les sondages, certaines enquêtes font état d’une abstention qui pourrait atteindre… 70%! Pourtant, le scrutin est qualifié d’«historique». De fait, il s’agit des premières élections municipales depuis la révolution de janvier 2011. Et du premier scrutin local libre depuis l’indépendance du pays en 1956.

«On n’y croit plus»
Mais apparemment, nombre de Tunisiens sont sceptiques, voire indifférents. Certains chauffeurs de taxi vous disent regretter l’époque du dictateur Ben Ali. «On n’y croit plus, tout le système est corrompu. Rien ne change», explique de son côté un commerçant de Tunis. Sont notamment montrés du doigt un chômage qui atteignait 15,5% au dernier trimestre 2017 et une inflation de 7,6% sur un an en mars 2018, aux dires mêmes des statistiques officielles.

Le scepticisme des électeurs est sans doute renforcé par le fait que le projet de code des collectivités locales n’a toujours pas été voté malgré des «discussions sans fin au Parlement». Un code qui définit les attributions des futurs conseils municipaux, donc les futurs pouvoirs locaux. Et qui devrait consacrer l’autonomie des collectivités territoriales.

A l'Assemblée des représentants du peuple (ARP), le Parlement tunisien, à Tunis le 23 mars 2018.  (STR / AFP)

Le renforcement de la décentralisation peut s’avérer essentiel pour le développement d’un pays comme la Tunisie, où le pouvoir a traditionnellement favorisé les régions littorales au détriment de celles de l’intérieur, très défavorisées. Il faut se rappeler que c’est de Sidi Bouzid, dans le centre, qu’est partie la révolution de janvier 2011. «Les municipales sont un élément clé du processus de décentralisation prévu par la nouvelle Constitution», constate RFI. «C’est un chamboulement juridique, administratif et politique qui est en train d’être mis en place», analyse un responsable de Mourakiboun, réseau spécialisé dans l’observation des élections, cité par le site français.

Mais en attendant, le texte n’a toujours pas été voté. Et quand il le sera, il faudra plusieurs mois, voire plusieurs années, avant que les décrets soient promulgués. En attendant, la Tunisie reste un Etat très centralisé. «Le gouverneur (préfet) demeure le pouvoir absolu. Il peut biffer d’un revers de stylo la moindre décision prise par un conseil municipal», précise Le Point.

Masquant l’importance de l’enjeu, la paralysie du jeu politique, que cette situation révèle, n’est pas faite pour galvaniser l’enthousiasme des électeurs… A l’ignorance des candidats sur les «attributions qui leur seront accordées par le code sur les collectivités locales, s’ajoutent le désintérêt que manifestent les citoyens à l’égard des candidats et des partis qui les soutiennent et la méfiance qu’ils opposent aux promesses folkloriques (faites), ce qui accentue la crainte de voir les électeurs bouder les urnes le jour du vote», précise La Presse.

Le président Béji Caïd Essebsi (au centre), saluant le leader du parti islamiste Ennahda, Rached Ghannouchi, le 13 janvier 2018 à Tunis. (FETHI BELAID / AFP)

Des initiatives ont été prises par la société civile pour inciter les électeurs à se déplacer. Le programme «Concerté pluri-acteurs (PCPA) Soyons actifs / actives» a lancé une campagne de sensiblisation à destination des jeunes pour les inciter à voter. «Cette campagne est motivée par les sondages inquiétants qui prévoient un grand taux d’abstentionnisme et la vigilance de la société civile tunisienne, quant à l’importance de réussir les prochaines élections municipales, mais également à l’implication des jeunes dans la démocratie locale et participative après ces élections», selon une note de présentation citée par le site webmanager.

D'autres initiatives ont été lancées par des organsimes publics, comme le Centre de recherches, d'études, de documentation et d'information sur la femme


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