Nigeria : Nnamdi Kanu, le leader indépendantiste biafrais, devant les juges

Arrêté à l'étranger, le chef Igbo est accusé de trahison et de terrorisme alors que le mouvement indépendantiste biafrais retrouve de l'audience.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Nnamdi Kanu, le leader du mouvement indépendantiste biafrais IPOB, photographié devant chez lui à Umuahia, au Nigeria, le 26 mai 2017. (STEFAN HEUNIS / AFP)

Nnamdi Kanu était bien présent ce jeudi 21 octobre à l’ouverture de son procès devant la Haute cour de justice d’Abuja. Les rumeurs les plus folles ont couru à son sujet depuis son arrestation le 27 juin dernier. Déjà, le lieu de l'arrestation, possiblement le Kenya, n'a pas été confirmé par les autorités. Après 124 jours sans nouvelles – certains le disaient malade, voire mort , il est arrivé au palais de justice encadré par des policiers lourdement armés.

Une escorte à la hauteur des accusations de terrorisme et de trahison portées contre le leader de l'IPOB (Indigenous people of Biafra), le parti indépendantiste biafrais. Le chef séparatiste est désormais sous le coup de trois nouvelles charges concernant des actes de violence et des opérations villes mortes, obligeant les gens à rester chez eux.

(Traduction : "Le leader d'Ipob, Son Excellence Mazi Nnamdi Kanu, a plaidé non coupable des accusations qui pèsent contre lui.")

Selon la formule consacrée, le procès se déroule sous haute tension. Jamais le bras de fer entre le pouvoir fédéral et les mouvements indépendantistes n’avait été aussi intense. L’IPOB ne fait pas exception. L’objectif du mouvement est de recréer l’Etat séparatiste du Biafra, qui a existé dans le sud-est du pays et entraîné, entre 1967 et 1970, la terrible guerre civile qui avait provoqué la mort de près d’un million de personnes. Malgré tout, la volonté de sécession de la part de l’ethnie Igbo n’a pas disparu.

Qui est Nnamdi Kanu ?

Le personnage est singulier. Né en 1967, il possède également la citoyenneté britannique et a résidé longtemps au Royaume-Uni. Il se revendique de confession juive et, selon lui, le peuple Igbo (qui est majoritairement chrétien) serait une tribu perdue d’Israël et le Biafra sa terre promise.

Jusqu’en 2009, Nnamdi Kanu ne fait guère parler de lui, explique la BBC. Cette année-là il crée Radio Biafra, station de radio installée au Royaume-Uni qui réclame l’indépendance du Biafra. Il milite un temps dans un groupe indépendantiste dont il claque la porte pour fonder l’Indigenous people of Biafra en 2014.

Appel aux armes

Sans doute en manque de reconnaissance, le discours de Nnamdi Kanu devient alors de plus en plus virulent, jusqu’à demander aux Igbos de prendre les armes, lors du congrès mondial Igbo de Los Angeles en septembre 2015. "Nous avons besoin d’armes et nous avons besoin de balles", s’écrie-t-il à la tribune.

Pour le pouvoir nigérian, c’en est trop. Kanu est arrêté à son hôtel à Lagos en octobre 2015, lors d’une visite au Nigeria. Accusé de trahison, il passera près de deux ans derrière les barreaux. Sorti de prison sous caution, il va disparaître et fuir à l’étranger pour finalement être arrêté, peut-être au Kenya, en juin dernier. Dans la foulée, l’IPOB est classée "organisation terroriste" en 2017.

Si l’IPOB rejette toutes les accusations de violence, les attentats se multiplient depuis le début de l’année dans la région. Au moins 127 policiers ou membres des forces de sécurité ont été tués et une vingtaine de postes de police et des bureaux de la commission électorale ont été pris d'assaut en 2021, selon des médias locaux. A l’inverse, selon l’ONG Amnesty International, arrestations arbitraires et répression féroce sont le lot commun des mouvements sécessionnistes au Nigeria. Selon Amnesty, 115 personnes ont été tuées dans le Sud, entre mars et juin 2021.

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