Vidéo Révélations sur une opération secrète : comment le renseignement français aurait permis au régime égyptien de cibler des civils

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Complément d'enquête. Révélations sur une opération secrète : comment une mission française de lutte contre le terrorisme aurait été détournée par le régime égyptien pour cibler des trafiquants

Sous couvert de lutte contre le terrorisme, la France s'est-elle rendue complice d'exécutions arbitraires en Egypte ? En partenariat avec le média d'investigation Disclose, le magazine "Complément d'enquête" a eu accès à des documents confidentiels qui mettent au jour les dérives d'une opération militaire secrète. Selon ces révélations, voici comment des informations fournies par le renseignement français auraient conduit à des frappes égyptiennes contre des trafiquants, se soldant par la mort de civils. 

En 2016, quelques mois après la vente de 24 avions de combat Rafale à l'Egypte, un projet beaucoup plus discret voit le jour : la mission Sirli, un partenariat en matière de renseignement dans le cadre de la lutte antiterroriste. L'équipe française de Sirli débarque en Egypte le 13 février 2016. Les dix Français, dont trois militaires de la Direction militaire du renseignement (DRM) qui la composent sont hébergés sur une base militaire de la côte nord, à Marsa Matruh. Un avion léger de type Merlin III, équipé d'un système d'interception de communications et d'une caméra, sera les yeux et les oreilles de Sirli.

L'équipe est chargée de survoler une zone de 1 200 kilomètres sur la frontière avec la Libye. Les données (photos et localisation de véhicules, enregistrements de communications) sont envoyées à l'équipe française restée au sol, qui les transmet à l'armée de l'air égyptienne. Mais très vite, la DRM a des doutes sur les intentions des Egyptiens : au lieu de terroristes, ils semblent rechercher des contrebandiers. La zone désertique est en effet le théâtre de nombreux trafics : animaux, nourriture, cigarettes, armes parfois. 

"Ce qui est le plus dérangeant, c'est l'utilisation par les autorités françaises d'une coopération qu'elles savent meurtrière pour tenter d'obtenir des informations qu'elles n'obtiennent pas."

La source anonyme qui a transmis ces documents "confidentiel Défense"

à "Complément d'enquête"

Au printemps 2016, l'inquiétude monte chez les Français, qui multiplient les rapports. Une note du 8 mai souligne que "le partenaire éprouve des difficultés à discriminer le 'trafiquant' du 'terroriste'". Les trafics, même les plus anodins, semblent être tous mis sur le même plan. Il apparaît de plus en plus clairement que seules les informations qui permettent de frapper les trafiquants intéressent les Egyptiens. Sur les réseaux sociaux, au même moment, des contrebandiers postent des vidéos de leurs pick-up en feu. Or contractuellement, les données françaises ne doivent pas servir à du "ciblage dynamique", c'est-à-dire qu'elles ne doivent pas permettre de bombarder des cibles au sol en temps réel.

Le travail de la mission française a-t-il servi à bombarder des trafiquants ?

Le 21 septembre, l'équipe de Sirli acquiert la quasi-certitude que son travail sert à tuer des trafiquants. A environ 160 kilomètres de l'oasis de Bahariya, l'avion français repère plusieurs véhicules suspects. Il transmet leurs positions à l'équipe au sol, qui les relaie aux Egyptiens. A la mi-journée, la caméra de surveillance française filme un petit avion, un Cessna 208. Appartenant à l'armée égyptienne, il est équipé de missiles. Pour éviter une collision, les Français s'éloignent. Quand ils reviennent sur la zone, ils voient sur leur écran un véhicule en flammes. Le lendemain, un officier de la DRM rédige un rapport mentionnant cette frappe "très probablement perpétrée par le Cessna 208", et alerte sa hiérarchie sur "la volonté de l'Egypte d'utiliser [ces] informations à des fins répressives contre le trafic local".

Les informations françaises ont-elles pu permettre de cibler des contrebandiers ? Les journalistes ont posé la question à l'ancien patron de la DRM, le général Christophe Gomart. A sa connaissance, "on n'a jamais donné de renseignement qui ensuite a permis d'exécuter des gens" – à l'exception de terroristes potentiels, espère-t-il. Selon lui, il n'est pas question de "donner du renseignement qui va être utilisé à des fins qui ne soient pas le but pour lequel on a signé un accord". En dehors de trafiquants, d'autres civils ont-ils aussi été victimes de bombardements égyptiens ?

Extrait de "France-Egypte : révélations sur une opération secrète", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 25 novembre 2021.

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