"Le bijou dessiné" à l’École des Arts Joailliers à Paris : s'émerveiller devant la beauté d'un coup de crayon et d'un trait d'aquarelle

Il se réduit parfois à quelques traits de crayon mais il peut aussi prendre l'allure d'une véritable oeuvre d'art, le bijou dessiné sert de référence aux mains qui interviennent dans sa création et cette exposition, qui se tient à l’École des Arts Joailliers jusqu’au 14 février 2022, permet d'en admirer une soixantaine. Découverte d'un travail minutieux.

Essentiel dans le processus de création d’un bijou, le dessin joaillier est méconnu et peu étudié. L’exposition Le Bijou Dessiné, qui se tient à l’École des Arts Joailliers jusqu’au 14 février 2022, lève le voile sur son histoire et les artistes qui l’ont pratiqué de la Renaissance jusqu’à nos jours.

Un rôle essentiel

Une soixantaine de dessins et de carnets, issus du Fonds Van Cleef & Arpels sur la culture joaillière, "sont pour la première fois présentés au public" insiste Guillaume Glorieux, Directeur de l’Enseignement et de la Recherche de L’École, avant de préciser "C’est la première fois qu’une exposition est entièrement dédiée à ce sujet (...) alors même que le dessin joaillier joue un rôle absolument essentiel, je dirai primordial dans le processus de création et de fabrication des œuvres joailliers, le dessin joaillier restait fort méconnu". Admirer ces feuilles très rarement exposées est donc un privilège outre la découverte d'une technique envoûtante. 

Cette collection rassemble "des oeuvres qui couvrent un long XIXe siècle commençant dans les années 1770 et s’achevant avec la Première Guerre mondiale" indique Michaël Decrossas, un des deux commissaires de l’exposition. Pour cette période se juxtapose des modèles anciens et d'artistes d’avant-garde et l’association de grands ateliers tels Lalique ou Vever à des noms moins connus comme Paillet, Brédillard, Hatot, Mellerio Borgnis.

Le bijou dessiné à taille réelle 

A l’origine ce dessin est un outil technique qui guide les différents corps de métiers dans la réalisation de la pièce joaillière. Il obéit à une règle précise qui veut que le bijou soit dessiné à taille réelle. Réalisé à l'échelle 1, il reflète une diversité de support, de matériaux et de procédés : carnets de dessins, feuilles de papier blanc ou coloré, calques. "On y utilise le crayon, l'encre, l'aquarelle ou la gouache pour coucher sur le papier l'idée via le croquis à mains levée, puis c'est la mise au net avant la mise en couleur pour commencer à imaginer les pierres que l'on va mettre et le système de la monture"  explique Michaël Decrossas, avant de préciser, la "dernière étape, c'est le dessin fini celui qui sera transmis à l'atelier pour la réalisation de la pièce, où tous les éléments sont mis en place"

Outre la rareté et la magnificence des dessins présentés - ce sont parfois des oeuvres d’art à part entière -, une salle propose via des écrans d'aller encore plus loin dans la découverte de cet art. Ainsi un écran permet d’agrandir un de ces dessins et d’en découvrir toutes les caractéristiques de plus près tandis qu'une vidéo montre une dessinatrice à l'oeuvre, pinceau en main, réalisant un gouaché. C'est à ce moment-là que le visiteur réalise toute la minutie nécessaire à la réalisation d'un tel bijou dessiné. 

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Exposition Le bijou dessiné : dessin d'une épingle de corsage (vers 1900) d'une grande technicité par sa transparence et sa finesse. La scène centrale illustre une Ménade (ndlr : adoratrice) résistant à trois Silènes (ndlr : satyres). Présentée à l'Exposition universelle de 1900 à Paris, cette épingle a contribué au succès de René Lalique, qui s'est vu attribuer la Légion d'honneur.   Fonds Van Cleef & Arpels sur la Culture Joaillière
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Exposition Le bijou dessiné : le diadème aux noisettes. Par des croquis au crayon, René Lalique précise la taille du cristal et le serti des diamants dans les feuilles puis ajoute des consignes sur la composition de la pièce.  Fonds Van Cleef & Arpels sur la Culture Joaillière
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Exposition Le bijou dessiné : dessin de diadème (Hortensias), vers 1900. Par sa connaissance du métier et de ses spécificités, le joaillier est bien placé pour dessiner ce bijou. René Lalique (1860-1945) a reçu une double formation de joaillier et de dessinateur. Fonds Van Cleef & Arpels sur la Culture Joaillière
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Exposition Le bijou dessiné : un dessin de plaque de cou Cygnes vers 1900. René Lalique puise son inspiration à Clairefontaine où il photographie la nature et les cygnes de l'étang. Il a dessiné des dizaines de bijoux représentant cet animal.   Fonds Van Cleef & Arpels sur la Culture Joaillière
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Exposition Le bijou dessiné : dessin pour un collier, vers 1920. Archives Van Cleef & Arpels. La gouache permet de reproduire exactement la couleur, la brillance, la texture et la densité du matériau du futur bijou. 
Van Cleef & Arpels SA